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La mer du nord

    La mer du nord

    22 juin 2023

    Nous avons pu avoir notre bac, et avons donc été gentiment hébergés chez Holger et Gaby comme prévu, dans le village d’Oldersum. Nous avons échangé nos blogs avec Holger, car il y a quelques années, il a fait un périple jusqu’à la mer noire en suivant le Danube. Le lendemain, il nous accompagne sur les 10 premiers kilomètres jusqu’à Emden. Encore une rencontre avec des gens pas compliqués, ouverts et chaleureux.

    Avec Holger et Gaby, et nos blogs respectifs
    Le bac qu’il ne fallait pas rater
    En chemin avec Holger
    Les moutons chargés de la tonte des digues qui protègent toute la région.

    Pour notre première journée en Allemagne, une petite péripétie. Nous nous engageons sur une piste, bien plane et roulante, puis nous croisons des camions, puis des engins de chantier, puis carrément une machine à goudronner, elle prends toute la largeur de la route, mais avec les vélos, ça passe. Nous continuons donc sur une route toute neuve, ça roule bien. Évidemment, on finit par tomber sur une grille qui barre la route de façon bien étanche. Il y avait des panneaux au tout début, mais on n’a pas pris la peine de les déchiffrer. Pas de route alternative sur les côtés, et le demi-tour rajoute un bon paquet de kilomètres. On ne se démonte pas, on démonte plutôt le chargement et on passe les vélos par dessus la barrière. Un peu hasardeux dans les ronces, et nos vélos ne sont pas des modèles de légèreté, mais on franchit l’obstacle.

    La barrière qu’il faut passer
    L’obstacle est franchi

    A la fin de la journée, le vent tourne, il passe au sud et donc nous pousse. On dépasse les 30 km/h sur le plat, ce qui n’est jamais arrivé avec nos vélos de type poids lourd. On dépasse les vélos électriques (ils doivent être bridés). Aussi, nous arrivons plus tôt que prévu au Nordseestrand camping platz. C’est une vraie petite station balnéaire au bord de la mer du nord. Je ne sais pas s’il y a un lien avec le réchauffement climatique, mais la mer n’est franchement pas froide, du moins au bord. Par contre, elle est absolument opaque, le fond est bien vaseux. Les locaux passent leur temps à s’enduire le corps d’une espèce de boue noirâtre qu’ils ramassent au fond. Ça doit être efficace mais ce n’est pas très engageant. Il n’y a pas beaucoup de baigneurs, l’air est un peu frais.

    Marrant, un jeune voyageur à vélo s’installe à côté de notre tente. On engage la conversation : Hi, where do you come from, … On arrête vite car nos accents mutuels nous rappellent quelque chose de familier. Il est parisien, infirmier de son état, et vise le Danemark. C’est la première fois qu’on rencontre un francophone depuis un moment. Il est sympa, il voyage plus léger que nous, sa tente est juste un sarcophage. On ne le reverra pas car ses trajets quotidiens sont plus longs que les notres.

    Je vous assure, elle n’est pas froide
    Du côté du port
    Comme sur les plages de Normandie
    Notez que la photo a été prise un peu avant 23h

    Une autre péripétie nous arrive à Wilhelmshaven, une assez grande ville sans aucun charme. Nous y avons pris un hôtel pour récupérer, car la nuit précédente était un peu bruyante au camping. J’en profite pour recharger tous nos appareils (smartphone, tablette, liseuse, écouteurs, batterie externe) et pour anticiper les étapes à venir. On identifie le camping du lendemain, on réserve les deux nuits suivantes pour notre prochaine journée de repos à Cuxhaven, une station balnéaire qui a l’air sympa. On est donc parés pour la suite. Le lendemain on part tôt pour embarquer sur le seul ferry du matin qui traverse la baie de Jade. Un groupe d’allemand arrive en même temps que nous et attends l’heure de l’embarquement. Au bout d’un moment on voit le groupe s’agiter, on les questionne, le verdict tombe. Le moteur du ferry est en panne, pas de ferry aujourd’hui. Une dame ajoute que le tour de la baie fait 75 km environ. Je vois tout mon beau plan s’envoler, il faut trouver un autre hébergement pour le soir, modifier les résas … Ça me fait penser à Madagascar dans les années 70, il fallait attendre des heures aux bacs, que les mécanos réparent les moteurs à l’agonie. Mais où est passée la Deutsche qualitat ? Pas le choix nous partons bille en tête pour le grand tour de la baie, on verra plus tard pour un camping. Au bout de 30 kilomètres, je vois qu’on a bien avancé, je regarde la carte en détail, et je me rends compte que les 75 kilomètres étaient un peu exagérés et surtout qu’en optimisant notre trajet, le camping initialement prévu est tout à fait atteignable en faisant un peu plus de kilomètres que prévu, mais ça reste raisonnable. Le camping est chouette, on fait trempette dans le lac, et nous sympathisons avec Arnold, notre voisin suisse allemand et francophone. Il randonne à vélo comme nous, nous passons des heures à discuter et à refaire le monde.

    A Wilhelmshaven, juste avant le ferry cassé
    Un autre ferry pour Bremerhaven, trop de chance, il marche !
    Notre voisin Arnold.
    Le port de Bremerhaven

    Nous quittons notre camping sous la pluie, la deuxième en 30 jours, on ne se plaint pas. Cela dure une bonne demi heure. Mais après, lorsqu’on commence à longer la mer, un nouveau copain se joint à nous, et je crains qu’il nous tienne compagnie pour une longue durée. Le vent, on l’a en pleine face, et il n’est pas régulier. Il fait chuter sensiblement notre vitesse, cela fait penser à un col de montagne, mais sans qu’il n’y ait jamais de descente. On finit par prendre d’autres routes à l’intérieur des terres, mieux protégées, cela facilite un peu la progression. Nous arrivons à Cuxhaven, une station balnéaire et un port à l’embouchure de l’Elbe. Le soir, il commence à faire plus frais, ça tombe bien, c’est ce qu’on est venu chercher.

    Notre hôtel un peu vieillot

    Le front de mer est séparé du reste de la ville par une digue. En fait c’est le cas sur toute la côte depuis les Pays-Bas. Pour rejoindre le reste de la ville par la route, il a bien fallu faire des trouées dans cette digue. Aussi, il existe des système de grosses portes étanches qui ferment cet accès en cas de risque d’inondation, je suppose lors des fortes tempêtes. Cela signifie que dans ce cas, une partie des bâtiments côté mer seront inondés. La montée du niveau de la mer prévu de 1 à 1,5 metres en un siècle, à cause du réchauffement climatique ne va pas simplifier les choses. Au Pays-bas cela donne lieu à des débats importants, pour le choix des solutions techniques. Il y en a plusieurs étonnantes comme celle-ci, la construction d’un deuxième littoral au large de celui existant. Plus d’info sur ce site pour ceux que ça intéresse. https://www.geo.fr/environnement/montee-des-eaux-comment-la-hollande-se-prepare-194824

    Une autre particularité, plus légère, dans cette région, les strandkōrbe ou corbeilles de plage. Ce que je prenais au début pour des cabines de plages sont en fait des fauteuils avec repose pieds et accoudoirs. Ils peuvent se transformer en chaise longue en basculant le toit. Une institution sur les plages allemandes depuis 1882.

    Les portes étanches
    La partie inondable
    Les corbeilles de plage
    ou strandkörbe
    Un effet d’optique en pointant les îlots au large
    Le sémaphore du port
    La mer du nord

    Nous remontons l’estuaire de l’Elbe en direction de Hambourg pour atteindre un bac permettant de le traverser. Une chance, il marche ! En fait, il n’y a pas un mais quatre bacs qui cyclent, car il y a pas mal de circulation, et ça bouchonne un peu.

    La vue du bac sur l’Elbe
    Deux cyclistes ravis sur ce même bac
    La piste cyclable le long de la mer
    On a pu essayer les corbeilles de plage, marrant !
    La même en haut de la digue
    Première maison de style nordique avec décoration à tête de cheval

    Je viens d’apprendre une très bonne nouvelle, les vents dominants, sur la péninsule du Danemark sont du sud ouest. Donc si nous continuons de longer la côte ouest vers le nord, et même vers le nord est, quand on sera plus au nord (euh, sais pas si c’est clair pour tout monde), le vent devrait bien être notre copain. Il suffit qu’il fasse comme d’habitude. On voit des éoliennes partout, et en effet elles sont orientées dans le sens indiqué. Reste plus qu’à éviter la pluie qui s’annonce dans les jours à venir. On a tous les paramètres pour faire le choix du trajet au Danemark, la côte ouest plus ventée, ou passer par Copenhague plus intéressant mais plus long.

    Et il y en a aussi énormément en mer
    Un double système d’écluse et de pont à bascule pour laisser passer les bateaux
    Un curieux toit pour cet édifice

    Nous passons par Husum, un joli port, puis par l’ancienne île de Nordstrand, devenue presqu’île. Elle est située comme toutes les îles de la frise, dans la mer des Wadden. Wadden veut dire estran en allemand et en néerlandais. Cette zone cotiere forme un système complexe d’îlots, de dunes, de chenaux de marée, de vasières, constamment en mouvement avec les marées. Elle est reconnue au titre de réserve de biosphère par l’Unesco et certains sites au patrimoine mondial de l’Unesco. De nombreuses espèces d’oiseaux hivernent ou se reproduisent sur la zone. On considère même que c’est l’une des zones les plus importantes au monde pour les oiseaux migrateurs.  

    La ville de Husum
    Le port de Husum
    Au fait, et de deux !
    Pour la protection des vasières
    Le cordon littoral pour aller à Nordstrand
    Une œuvre d’art à Nordstrand : Pants in the wind

    La météo se dégrade, une perturbation a l’air de s’installer pour plusieurs jours dans la région. Notre dernier jour en Allemagne est franchement humide. Il a plu toute la nuit, la température a perdu dix degrés. Mais dans la journée nous n’avons pas plus qu’un crachin breton. On s’en tire bien, pour l’instant pas encore de vraie journée pluvieuse. De toute façon, Doum était parée, avec son équipement au top.

    Doum en plein effort dans ce petit chemin de liaison.

    Lorsque des cyclistes se croisent, ils se saluent la plupart du temp. Dans le nord des Pays-Bas, c’était « Hoï », puis au début de la partie allemande, le classique « Morgen ». Dans le nord, on a mis du temps à le saisir, c’est devenu « Moin moin » (prononcez « Moilleneu » deux fois), qui veut simplement dire bonjour. Je me demande ce que nous réservent les prochaines régions.

    La partie allemande de notre voyage s’achève. Nous attaquons maintenant le Danemark. Irons-nous à Copenhague, où allons-nous continuer à longer la côte ouest ? Nous avons notre petite idée, mais vous découvrirez la décision finale dans notre prochain article 😊

    12 commentaires sur “La mer du nord”

    1. Une fois de plus, Hervé laisse planer le suspense à la fin de son récit… tu devrais écrire des romans 😀
      Je vois que les tongs font partie de l’équipement vélo ! Les mets tu aussi pour pédaler ? Comme tu le fais(ais) pour marcher en montagne ?

      1. Ha ha, non c’est juste pour le soir. Note que j’ai trouvé des sandales ouvertes avec le système pour pédale automatique, mais je ne les ai pas emmenées cette fois.

    2. Encore un super reportage et récits d’aventures. Bravo à tous les deux et encore merci de ce partage !
      On dirait que vous êtes des gens formidables ! …
      Mais au fait, je crois que vous l’êtes vraiment ;-)) ah ah!
      Bisous et toutes nos amitiés sincères
      Anne et Gilou

    3. Je parie sur la côte ouest vent dans le dos !
      Déjà que j’ai du mal à vous suivre, ça va trop vite (je m’étais arrêtée en bas du mur de Huy…) 😉

        1. Pour enrichir la diversité des salutations d’usage, au Luxembourg le morrguen guttural teuton devient un moyeune très mouillé. Je sais pas l’écriture phonétique précise. Bon vent les costauds.

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