Le pays de l’eau et du vélo
16 juin 2023
Toujours pas de frontière visible quand nous entrons en Hollande, l’Europe c’est bien. Nous ne voyons pas trop la différence entre le flamand et le hollandais, ça reste incompréhensible. En fait c’est surtout l’accent qui diffère, plus quelques mots, comme c’est le cas pour nous et les Belges. C’est ce que nous explique Lars, chez qui nous passons notre première soirée hollandaise. Lars nous reçoit très gentiment, il nous laisse carrément sa chambre et dort sur son canapé, ce que nous ne comprenons que le lendemain ! Il nous a préparé un excellent chili végétarien. C’est un ingénieur hydraulicien, il nous apprend que jusqu’à récemment, leur principal problème était la gestion des excédents d’eau. Maintenant, il s’agit de stocker l’eau excédentaire pour les périodes de pénurie. Encore une soirée intéressante et sympa.

En Hollande, le principal danger pour les cyclistes, sont les autres cyclistes. Il y en a partout, de tous les âges, de tout type. Des mamans tranquilles avec leurs enfants devant ou derrière, des mamies en vélo électrique en mode mobylette, des ados le nez sur leurs portables, des échappés du tour de France sur leurs vélos profilés, les mêmes échappés montés sur vélos électriques genre formule 1. Tout ça donne l’impression d’une chorégraphie bien organisée. Mais nous ne sommes pas encore habitués à ce ballet. Lorsqu’on cherche notre chemin dans certains carrefours, genre échangeur à vélo avec quelques voitures au milieu, on se fait parfois sonner les cloches. Mais ça va venir !

Ce soir nous avons trouvé un camping qui est un petit coin de paradis. Un tapis de verdure sous l’ombre des pruniers, dans une exploitation agricole à taille humaine. Un potager avec une grande variété de légumes et de fruits, plus quelques voisins peu réputés pour leur propreté, mais le vent doit être dans le bon sens, ça ne sent rien. Or pour gâcher ce tableau idyllique, il m’arrive un gag. La petite fiole d’huile de graissage de nos chaînes de vélo s’est bêtement ouverte. Ça baigne un peu dans l’huile au fond de ma sacoche. La seule vraie victime est ma doudoune, prévue pour le grand nord. Par chance, on déniche un lave-linge dans le sanitaire, on enfourne ladite doudoune, mais nous n’avons pas de lessive. Les choses étant bien organisées dans ce pays, on voit à proximité un récipient contenant un liquide bleu. On en prélève une bonne rasade et hop c’est parti pour deux heures. On se rend vite compte que le liquide bleu est un gel hydro-alcoolique. On avait peu d’espoir de la récupérer, mais là on pense que c’est cuit, vu le régime que l’on fait subir à cette pauvre doudoune qui n’avait rien demandé. Le plus ennuyeux pour moi est ce qui suit. Il m’arrive de moquer Doum quand je vois le soin qu’elle met a bien emballer ses petites affaires. Elle utilise toute sorte de boîtes qu’elle met dans des sacs et les sacs dans d’autre sacs. J’ai plutôt tendance à tout fourrer en vrac dans mes sacoches, c’est plus simple. Alors, fatalement, le ”Je te l’avais bien dit” a encore frappé, à raison, je dois l’avouer, bien qu’il m’en coûte. D’autant que j’avais connu quelques jours plutôt, un autre épisode à base de compote de pomme éventrée dans une autre sacoche. Mais j’arrête là les descriptions du fond de mes sacoches, il y a des trucs plus intéressants !
Nous continuons toujours vers le nord, nous traversons le parc national du Hoge Veluwe, de belles forêts, des champs de bruyère, et choses inattendue, des dunes mouvantes. Il est habité par de nombreux animaux, mais ils sont bien cachés le jour. C’est assez sympa. Le parc se termine près de Deventer, très belle ville. Il commence à bruiner, on se dépêche de trouver un camping, tous les Warmshowers contactés ont décliné.



C’est marrant, à deux reprises, nous avons dû prendre un bac pour traverser des rivières. Les ponts étant réservés aux autoroutes.
Nous passons par Zwolle, une grande ville avec une porte monumentale et un centre ville typique assez sympa. Pour y arriver nous passons dans la région des polders. L’altimètre indique bien qu’on est sous le niveau de la mer. On croise de nombreuses grandes digues, il y a des canaux partout. La Hollande est vraiment le pays de l’eau. On imagine l’ampleur des travaux pour modeler tout ça. On n’est plus très loin de la mer, le vent commence à souffler, mais rarement dans le dos.


Quelques trucs marrants en chemin. D’abord, on voit depuis ce matin des sacs à dos accrochés aux hampes des drapeaux un peu partout aussi bien chez les particuliers que sur des bâtiments qui semblent plus officiels. Quelle est cette coutume étrange ? Renseignement pris, cela signifie que dans la maison un ou une étudiante à passé avec succès son examen et que son année scolaire est finie. Ensuite, en discutant avec des passants, on nous demande plusieurs fois quelle est notre destination ce soir. On répond Giethorn en prononçant Guitthorne pour faire plus néerlandais. Mais ça ne leur dit rien, alors que c’est censé être un lieu incontournable et très touristique. Finalement une dame finit par comprendre, elle nous dit : yaaa ! Hhhrrrithorn ! en se raclant le fond de la gorge à s’en faire péter la luette. Bon, on a du mal avec cette langue. De fait, ce village est réellement une merveille de maisons de poupées accessibles uniquement par bateaux via des tous petits canaux ou par des petits chemins piétons et cyclables. Les jardins sont tous superbes, des dizaines de petits ponts permettent de passer d’un bord à l’autre. Nous décidons de faire une pause dans une de ses maisons au toit de chaume, au milieu des canaux, chez une gentille vieille dame.


La Hollande est un pays où tout est bien ordonné, organisé, rangé, nettoyé, mais ça pue ! En fait c’est très agricole et on est à la période où le purin doit être répandu. Depuis cinq jours, il vaut mieux ne pas avoir les naseaux trop sensibles.
Autre particularité, au détour d’une piste cyclable, on tombe régulièrement sur des routes pavées. A la longue, cela finit par démonter nos vieilles colonnes vertébrale déjà un peu déglinguées. Et pour finir sur nos sujets d’étonnement, ils ont inventé la poubelle en mode cycle-in. Plus besoin d’arrêter de pédaler pour jeter ses ordures, il suffit de viser juste.
Pour notre dernière nuit aux pays-bas, nous sommes hébergés par Marianne, 72 printemps. Elle ne fait pas de vélo, elle héberge des cyclistes simplement car elle aime rencontrer du monde. Son jardin est à l’opposé de ce qu’on voit régulièrement. C’est à dire des espaces au cordeau où pas un brin d’herbe ne dépasse la limite. Le sien, en mode permaculture, est une vraie réserve de biodiversité. Il foisonne de plantes, fleurs, légumes, baies, arbres, avec l’indispensable mare pour que l’écosystème favorise la présence des pollinisateurs. Nous aurions aimé discuter davantage, mais elle était invitée à l’extérieur pour dîner, ce qui ne l’a pas empêché de nous laisser sa maison !

C’est notre dernier jour dans ce pays. Ce soir nous devons être hébergés chez Holger en Allemagne. Mais pour ça, nous devons attraper le bac qui traverse l’estuaire de l’Ems, juste après la frontière. Le dernier bac partant à cinq heures, saurons-nous arriver à temps pour avoir un toit ce soir ?
La réponse dans notre prochain article 🤭
Oui mais moi, avec tout ça,je veux la photo de la doudoune, avant, pendant et après !!!!
est-elle devenue bleue, par miracle ???
Sinon, avez-vous amené un de ces jolis petits cochons dans votre sacoche pour le quatre heure ? Ils ont l’air craquants !!
Bises
Anne-Marie
Ha ha ! La doudoune est restée orange, mais maintenant elle exhale un fumet original d’huile de vidange, comme un peu tout ce qui est dans cette sacoche. Et pour les cochons ça aurait été intéressant de tester le mélange avec la doudoune mais on n’y a pas pensé 🙃
Magnifique ce reportage sur la Hollande ! Incroyable aussi ces rencontres et toutes ces choses insolites : tu as un don de narrateur Hervé et merci de tout ce partage, c’est formidable. Seul, l’immense regret de ne pas partager tout cela avec vous en vrai !!!!
Quel beau temps aussi : la chance est là, profitez bien. Gros bisous de nous deux à tous les deux.
Gilou et Anne
La prochaine fois venez avec nous 😊chiche
> Depuis cinq jours, il vaut mieux ne pas avoir les naseaux trop sensibles.
Aïe ! ça fait 120 heures d’affilée. Comment Doum a-t-elle survécu ?! (si toutefois c’était le cas…)
Je pensais exactement la même chose que toi en imaginant le nez particulièrement sensible de Doum 😀😩
Elle a survécu, c’est le principal !
Coucou,
Super ce reportage sur votre voyage, ça me donnerait presque envie de me mettre au vélo, non je plaisante 😛
Bisous de Grenoble où on crève de chaud, pas besoin de doudoune à l’huile 😘
Quel suspens insoutenable à la fin du récit !!!
Hier les diapos, les 24X36….
Aujourdh’ui le blog, nouvelle publication magique de la mémoire, nous enchante !!!
Bravo pour sa réalisation et pour les commmentaires. on découvre, on s’instruit, on gamberge, encore, encore….
Bonne suite pour cette belle aventures.
Les « darons »….
Que d’eau, que d’eau…
Beau parcours, belles photos, superbe blog. On s’y croirait.
Je perçois même les odeurs, c’est dire !
On vous suit 🙂
(en toute solidarité pour les fonds de sacoches)