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De Samarkand à Dushanbé

    De Samarkand à Dushanbé

    8 juillet 2025

    Nos premiers tours de roue en Ouzbékistan, se font sur une route un peu passante et défoncée, puis après quarante kilomètres, nous passons la frontière pour le Tadjikistan, la route est meilleure, moins de circulation et le vent nous pousse ! Comme prévu nous étions sur les vélos à sept heures. Finalement la chaleur était à peu près supportable, nous avons tiré jusqu’à notre première étape, Pandjaken sans trop d’arrêt pour arriver vers midi. Première impression, la palme des conducteurs les plus fous reste pour les géorgiens, mais ici ce n’est pas mal non plus. Il faut rester vigilant, les queues de poissons, sont une pratique normale par exemple. Les ouzbeks et tadjiks sont d’un abord un peu rudes et peu souriants, mais nous retrouvons un sens de l’accueil et une grande gentillesse malgré la première apparence. Déjà quelques anecdotes. Pour notre premier thé sur le bord de la route, le patron n’a pas voulu que l’on paye. Ça lui faisait plaisir de nous inviter. Ce soir à l’hôtel, le patron voyant que nous étions français, décide de nous surclasser en nous donnant une chambre plus confortable. Explication : j’aime la France, je suis fan d’Alexandre Dumas que j’ai étudié à l’école, et aussi j’aimais bien Joe Dassin !

    La frontière avec le Tadjikistan
    Notre thé gratuit
    Les montagnes qui nous attendent

    Aujourd’hui nous avons un peu de dénivelé, et la température monte assez vite. A 1300 mètres d’altitude nous ne sommes pas encore assez haut pour bénéficier d’un peu de fraîcheur. Lors de nos pauses, nous sommes souvent rejoints par des hommes avec qui nous faisons un brin de causette. Sans réseau et Google translate, ça reste limité, mais je progresse doucement en Russe. A midi, lors de notre pique-nique, un gars vient nous offrir un chay.

    On baragouine
    Un petit chay pour la route

    Nous nous approchons des montagnes, ça commence à être grandiose, un petit avant goût du Pamir. Nous arrivons à notre étape à Urmetan, un peu assommés par le soleil. Selon Google map, il y a deux hôtels, mais pas de possibilité de réservation. Comme d’habitude, au centre du village nous interrogeons les personnes qui viennent nous voir. Assez rapidement la réponse est : niet gostinitza (hôtel). C’est embêtant car la géographie des lieux n’est pas très propice au bivouac. Mais même scénario qu’en Turquie, surgit un homme anglophone, petite discussion, venez donc chez mes parents, je peux vous loger, et je demande à ma mère de faire un Tadjik plov. Ma foi nous acceptons ! Sa maison étant en haut d’une pente raide, il prévoit même une petite camionnette pour monter les vélos ! Nous passons une excellente soirée à discuter, avec notre hôte, et surtout avec ses enfants. Sa plus grande fille de dix-neuf ans parle très bien anglais, très belle et très vive elle est très intéressée et à la fois étonnée par notre histoire. Notre âge, voyager à vélo, avoir eu des enfants sans être mariés, nos filles de plus de dix-neuf ans qui ne sont pas mariées, tout ça est surprenant. Le plov arrive, et tout le monde nous laisse manger, ici on ne mange pas avec les invités. Le plov est un riz pilaf avec des carottes et un peu de viande mouton, c’est délicieux.

    Le pont d’Urmetan

    Nous saluons chaleureusement nos hôtes et nous partons vers sept heures, mais rapidement, nous réalisons que ce n’est pas assez tôt. Très vite il fait trop chaud. Il faudra revoir nos plans pour les jours prochains, d’autant que la météo annonce des températures toujours plus chaudes. Heureusement grâce à l’altitude, les nuits sont fraiches, et encore pas les débuts de nuit. Par contre, plus nous montons plus les paysages sont grandioses. C’est plutôt minéral, les rivières sont puissantes et charrient un gros paquet de limon. Nous arrivons à l’étape prévue à onze heure ! Une fois encore, nous constatons un décalage entre les cartes et la réalité pour les hôtels. Les locaux, ne savent pas trop ce qui existe, ce qui ne les empêche pas de nous donner des indications précises, mais souvent fausses. Nous finissons par trouver un hôtel un peu crasseux mais avec une clim, et les patrons sont très gentils. Le soleil nous a un peu assommés, nous tenons conseil. La décision tombe : demain départ cinq heure et demi.

    Les abricots dans ces pays sont succulents
    Il faut se dépêcher

    Comme prévu, nous sommes sur les vélos à cinq heure et demi. C’est la bonne solution, il fait bon, les kilomètres s’avalent facilement. Nous profitons des paysages superbes. Nos routeurs ont complètement déraillé, le dénivelé réel est bien inférieur à celui annoncé. Nous arrivons avant dix heure à l’étape prévue ! Grosse question pour savoir si l’on continue ou pas, car il faut rajouter au minimum 600 mètres de dénivelé pour espérer un coin de bivouac. Le soleil commence à taper durement, la route a venir est sans ombre, et le pourcentage augmente vraiment. Le dilemme est résolu par Mohamed, qui nous invite dans la maison de ses parents. Ce jeune homme, en vacances dans sa famille, est chauffeur routier en Floride. Nous passons les heures chaudes de la journée à l’abri. Nous n’osons imaginer ce que ça aurait donné dehors à l’ombre. La chaleur est suffocante longtemps après le coucher du soleil. Cela devient supportable en fin de nuit, à quatre heure, l’heure du réveil. Comme les parents ne sont pas là, nous ne sommes pas invités à manger, ce qui n’est pas plus mal car nous devons être très vigilants sur les légumes crus. De nombreux voyageurs ont eu des expériences gastriques difficiles à cause de l’eau qui n’est pas potable pour les fragiles estomacs occidentaux.

    Chez Mohamed

    Aujourd’hui, nous avons une étape plus soutenue, mille mètres de dénivelé pour rejoindre le « Tunnel de la mort », réputé un des plus dangereux au monde. Long de plusieurs kilomètres, quasiment pas éclairé, des rigoles sur les bas côté dangereuses pour les vélos, une foule de camion qui se croisent à fond, des gros trous invisibles, et en prime une épaisse poussière noire à l’intérieur qui assombrit la lumière des phares. Pas question donc de le prendre à vélo ! La littérature de voyage dit que le stop vélo se pratique aisément. Nous confirmons, moins de dix minutes après notre arrivée un camping car s’arrête, le conducteur nous propose de nous faire passer de l’autre côté. Comme les trois vélos ne tiennent pas, il nous dit qu’il fera l’aller retour pour le troisième vélo ! Notre passeur est un émirati qui parcourt le monde dans son camping car. Il nous montre des photos sur son téléphone en conduisant d’une main et d’un œil dans le tunnel. Non seulement il nous donnes des boissons hyper fraiches qui sortent de son frigo, mais en plus il donne à Doum un billet de son pays pour nous porter chance dans notre voyage. Incroyables rencontres ! De l’autre côté le paysage est plus vert et toujours aussi grandiose.

    En route
    vers le tunnel
    Le fameux
    Tunnel de la mort

    Nous faisons une quarantaine de kilomètres en descente, sous une chaleur croissante. Nous trouvons une sorte d’hôtel pour nous réfugier pendant les heures chaudes. Pas de clim mais un ventilateur, ça aide pas mal. Problème, dans l’après-midi, une sono commence à cracher une musique un peu fort. Au bout de quelques heures, on part se renseigner. La musique doit durer jusqu’à deux ou trois heures du matin. Décision très rapide, on fuit ! Nous voilà sur les vélos à dix-neuf heures, avec pas grand-chose à manger. Nous trouvons facilement un parc sympa pour le bivouac, mais un peu près de la route. Avant de planter les tentes, nous retournons vers un petit village en quête de nourriture. Nous trouvons un restaurant tout près de la rivière. Un bon poulet aux oignons et des melons et pastèques, parfait. Au moment de payer, le serveur est un peu embêté, c’est curieux. Il revient en nous disant que nous les avons honorés de notre présence et qu’ils nous offrent le repas. Malgré notre insistance, nous repartons le ventre plein sans avoir rien déboursé. L’hospitalité dans ces pays nous étonne toujours.

    A la sortie du tunnel
    Les passeurs émiratis
    Le billet porte bonheur
    Un peu de piste
    pour éviter d’autres tunnels plus petits
    Un dernier petit bivouac

    Incroyable ! nous voilà arrivés à Dushanbé, terminus pour Doum, et départ pour une nouvelle aventure pour Christian et moi. Nous sommes au Green house hôtel, dans lequel s’arrêtent TOUS les voyageurs vers le Pamir. C’est assez amusant, nous croisons des gens étonnants, Norbert et Isabelle qui après une dizaine d’années en Nouvelle Zélande rentrent en France près de Grenoble en tandem. Il leur faudra en tout environ un an. Norbert ancien pilote d’hélicoptère dans l’armée reconverti en prof de Yoga … Nous retrouvons aussi Rési (Theresa) et Joan. Resi nous appelle ses parent’s bike, c’est vrai qu’on a du se comporter comme des parents en leur donnant moults conseils et aussi en payant les restaurants. Nous croisons aussi un jeune grenoblois solitaire, un iranien qui était dans le même hôtel que nous à Samarkand et Christian a retrouvé un letton croisé en Ouzbékistan.

    Et hop nous voilà à Dushanbé
    Un style un peu grandiloquent

    Comme d’habitude, nous avons toute une liste de choses à faire. Trouver un carton pour Doum, trouver l’opérateur réseau qui possède la meilleure couverture (il n’y en a pas), quelques bricoles sur le vélo, des courses de bouffe pour la suite, trouver un barbier pour me rafraichir un peu, trouver des distributeurs qui acceptent nos cartes, estimer combien nous devons tirer sachant qu’on ne trouvera pas grand-chose par la suite, récupérer le maximum d’info auprès de ceux qui reviennent du Pamir, l’eau, l’état des routes, la circulation, les travaux, les hébergements, les températures. En même temps j’ai une première alerte tourista le premier soir, mais ça va mieux le lendemain, Christian et Doum ont aussi eu des petits ennuis gastriques il y a quelques jours.

    Avec Resi, Norbert et Isabelle
    Nouvelle coupe Pamir

    La ville Dushanbé ne présente pas beaucoup d’intérêt, des gros immeubles un peu clinquants, des monuments à la gloire du président, une grosse banlieue. Nous avons été dans le « bozor » un immense bazar de quasiment un kilomètre de long, à la recherche de petites pièces pour les vélos. Mais à notre avis, il n’a pas la saveur de ceux du Maroc ou d’Istambul.

    Avec Christian, nous allons profiter d’une fenêtre météo un peu plus sympa, le pic de chaleur doit diminuer dans les prochains jours. Mais il faudra une bonne semaine pour rejoindre les fraîches et hautes vallées du Pamir à 3 000. Donc il faut prévoir encore quelques chaudes journées.

    La suite des articles risque d’être un peu décousue car nous n’aurons pas beaucoup de réseau dans le Pamir.

    Il est temps de faire une spéciale dédicace à Doum. D’abord pour les photos, car on lui en doit la majorité. Elle voit tout de suite le bon cadrage, la bonne lumière, la bonne matière, les bonnes couleurs. Le blog risque de perdre en qualité de ce côté là. Et surtout bravo pour ta constance, et ton entrain malgré toutes les situations que tu n’affectionnes pas trop : le froid, la pluie, les grosses chaleurs, les vents de face, les pistes voire les singles, les pentes raides, les camions qui parfois nous frolent d’un peu trop près, les hébergements parfois un peu spartiates, les demi-tours intempestifs car j’ai raté un croisement, mes remarques parce que j’attends trop. Sur quatre mois et cinq mille kilomètres, il y a forcément des moments compliqués. Chaque matin, les difficultés de la veille sont oubliées et tu repars guillerette. Pour tout ça tu as toute mon admiration, ma reconnaissance et bien plus encore.

    14 commentaires sur “De Samarkand à Dushanbé”

    1. Pugnacité courage volonté entrain mais aussi ouverture contemplation poésie lâcher prise joie … et tant d autres sentiments et émotions qu éveillent vos photos et articles
      Encore un grand merci
      Doum bravo pour ce beau parcours et bon retour chez nous
      Hervé et ton ami Christian bonne continuation et attention à vous
      A vous lire bientôt en mode décousu …

    2. Je suis admirative Doum pour tout ce chemin réalisé
      On a voyagé et rêvé avec vous.
      On se voit à ton retour.
      Hervé bonne continuation, on attend la suite du périple.

    3. Toujours étonnants vos récits et captivants ! J’espère RV que tu ne vas pas profiter de l’excuse de pas de réseau pour ne pas prendre de photos et laisser le blog de côté ! Pas de niet foto ! Débrouille toi ! passe par satellite !
      Et oui, bravo à Doum ! je suis très impressionné !

      1. Ha ha ! Le problème ne sera pas les photos, même si elle seront moins belles, mais plutôt le niet réseau. Mais peut-être bien un article à venir bientôt.

    4. Ah magnifique récit! Et bravo à Doum pour tout ce chemin. 👏👏Effectivement, comment on va faire pour les photos, il va falloir t’y coller😂.
      Et ton genou dans tout ça? Il plie mieux?
      Bonne route les gars👋👋

      1. Hello Anne-marie,
        As-tu fini ton voyage ? Je n’arrive plus trop à suivre ton polarstep.
        Le genou ne plie pas beaucoup mieux, mais il tient bon, c’est le principal !

    5. Comment ne pas être admiratif de ce parcours incroyable! Vos récits sont captivants (et se dépêcher à Dar-Dar, j’adore). Encore merci, vos rencontres nous donnent confiance dans une humanité plus belle et partagée.

      1. Bouh…bouh…. Trop beau, trop bien ce voyage à travers toutes ces terres et ces gens formidables et si singuliers … bouh … boug … ressenti de tristesse que cela touche à une fin.
        Mais non, on va revoir Doum bientôt mais seras tu changée par cette expérience incroyable ? Nous sommes heureux de partager ton récit prochainement !
        Et non, l’aventure continue avec Hervé et Christian alors go go go et courage les garçons !!! On vous accompagne +++ Grosses bises et encore bravo et merci pour tout ce partage avec vos amis 😄🙌

    6. Hello les cyclistes,
      Vous me faites rêver. Merci pour tous vos récits, photos, ces partages me transportent. Quel beau voyage ! Chapeau bas, vous êtes au top à tous les niveaux 👍 Bien aimé aussi Dar Dar !!! Des bises 😘 et à bientôt, je l’espère 😉

    7. Bravo pour cet exploit sportif et mental. Vous vous êtes surpassés. On est très admiratifs. Les commentaires de voyage et les photos nous ont fait rêver et voyager.
      Bonne route à Hervé et à son compagnon de voyage et bon retour à St Ismier pour toi.

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