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En route pour le Pamir

    En route pour le Pamir

    20 juillet 2025

    Ca y est, nous voila en route pour le Pamir aux aurores. Première journée sans trop d’intérêt, car nous passons pas mal de temps à nous extirper de Dushanbé et de sa banlieue. Pas loin de deux millions d’habitants. Nous arrivons à l’hôtel que nous avions repéré sans assurance qu’il existe encore, ou qu’il soit plus confortable qu’un bivouac. L’hôtel existe, il a l’air sympa, mais nous rencontrons quelques problèmes. La dame ne comprend rien de ce que je dis, pourtant mes phrases types sont rodées maintenant. Sa fille nous vient en aide avec son téléphone, mais ce qu’elle me montre est du russe. Nous comprenons finalement qu’ils ne parlent pas russe mais uniquement tadjik. L’autre problème sont les chambres, elles sont très bien, mais après les avoir visitées nous comprenons qu’elles ne sont pas disponibles. Seuls des tapchans (petits abris ouverts dans lesquels on mange et bois en plein air) sont disponibles. Finalement ce n’est pas une mauvaise idée, il y fait plus frais et c’est moins cher. Dernier problème, peut-être le plus problématique. Ils comprennent que nous sommes français et ils semblent l’apprécier. Donc pour nous faire plaisir, ils nous passent leur répertoire, très fourni, de chansons françaises. Pour reconnaître la liste qui suit, il faut être au minimum cinquantenaire. C-Jérome, Richard Cocciante, Claude François, Frédéric François, Alain Barrière, Charles Aznavour, et le meilleur pour la fin, Mireille Mathieu. Pas de bol, ils font une fixette sur cette dernière. Pendant que j’écris ces lignes, nous avons droit à la marseillaise par Mireille pour la deuxième fois. Qu’avons-nous fait pour mériter ça ? Et en plus nous devons les remercier…

    Le départ !
    Notre tapchan avec M. Mathieu

    Les difficultés arrivent plus vite que prévu. Dès le deuxième jour, nous avons de grosses portions de piste assez cassantes avec un gros dénivelé. Il faut apprendre à bien maîtriser le vélo à petite vitesse dans les cailloux surtout quand un fort vent s’en mêle. Heureusement il a soufflé autant de face que de dos. En même temps le paysage commence déjà à être superbe. Nous devons dès maintenant être très vigilants pour l’eau car il y a peu de magasins (prononcer « magazine »). Par personne, il faut au minimum trois litres d’eau pendant la journée sur le vélo et la même chose pour les repas du soir, petit déj, douche et toilette. Seule la douche ne demande pas d’eau potable, mais il faut quand même en trouver. Justement à Aligalabon, nous devons absolument trouver l’eau pour le soir, mais pas de magasins en vue là où nos cartes les mentionnent. Nous demandons à plusieurs villageois, qui souvent ne comprennent pas un mot de russe. Il semble qu’il y en ait un à la sortie du village, mais nous ne voyons toujours rien. Une troupe de gamin nous indique une porte sur une vague baraque. Un des gamins sort une clé, c’est lui le commerçant, nous accédons à un gourbi, où en effet, il y a quelques vivres. Pas plus de deux litre d’eau. Nous complétons avec des limonades à la framboise et à la pomme, avec des couleurs de liquide vaisselle.

    Une rotonde avec vue au milieu de nulle part
    Premiers paysages
    Sympas

    Nous pouvons maintenant nous mettre en quête du bivouac. Nous optons pour l’ombre d’un très gros arbre, au milieu d’un espace curieux : une ruine, un vieux camion russe, et deux voitures. Des jeunes viennent discuter avec nous. Nous n’avons aucune langue commune, mais ils nous apprennent quand même les quelques mots de Tadjik, qui vont bien nous aider : eau, pain, tomate, biscuits, etc. Nous progressons bien en mime et en Tadjik. Nous passons une bonne nuit sous les étoiles, car nous n’avons pas besoin du double toit.

    Petite étape aujourd’hui car nous visons Darbanl où il y a deux hôtels. Cette recherche d’hôtel est essentiellement due à la température. Un peu avant midi, nous devons trouver un abri pour passer les heures chaudes de l’après-midi qui sont intenables dehors. Nous avons encore de grosses portions de pistes avec des zones fech fech. Une épaisse couche de poussière pulvérulente qui pénètre partout quand passe une voiture ou mieux un camion. Dans une bonne pente bien poussiéreuse, en plein soleil je dépasse un camion en panne, je vois dans mon rétroviseur le chauffeur me faire des signes avec une bonbonne d’eau. Je redescend en calculant que je pourrais lui laisser au mieux un demi litre. En fait c’est lui qui me propose de l’eau et à manger, alors qu’il est planté là depuis je ne sais combien de temps !

    Quand on parle
    de poussière
    C’est pour qui la tête de veau ?
    Petite pause chay

    A Darbanl, nous constatons que les deux hôtels sont fermés. La routine habituelle, nous rencontrons Jamshed qui nous invite chez lui pour la nuit. Ce qui change un peu c’est qu’il est plus pauvre que nos hôtes précédents. Il nous offre le chay des biscuits, du lait, du beurre de sa vache, une mixture à base de farine et de sucre. Mais, quand le soir nous parlons d’aller au restaurant et que nous l’invitons, il accepte. Jamshed est très curieux, de notre vie en France, de notre voyage, de nos différences culturelles. Il est très jovial et nous passons une soirée très joyeuse. Seul bémol, il nous explique que le short est accepté lorsque nous sommes à vélo, mais chez lui et en ville, il nous faut mettre un pantalon. Nous nous exécutons, alors qu’il fait une chaleur intense. Mais le soir ça se calme et les nuits sont fraiches assez vite.

    Avant Darbanl
    Notre ami Jamshed

    Le matin Jamshed doit partir dans la colline en face sur son âne pour couper du foin pour sa vache. Il tient à déjeuner avec nous, et comme nous discutons encore, nous nous mettons mutuellement en retard ! Par chance aujourd’hui nous n’aurons pas trop chaud et par chance, le dénivelé réel est encore bien inférieur à celui donné par nos routeurs. Lors d’un arrêt pour nous rafraîchir à une fontaine, nous rencontrons quatre espagnols deux femmes, deux hommes. En discutant avec eux, nous décidons d’allonger l’étape pour rejoindre Tavildara où nous aurons plus de chance de trouver un hébergement. Espérons que le dénivelé annoncé continue d’être exagéré sinon ça fera une très grosse journée. En pratique, nous pédalerons cinq heure et demi uniquement sur piste, avec plus de mille mètres de dénivelé. Nous arrivons un peu fatigués, mais ça valait le coup car nous trouvons un hôtel tout neuf avec une vraie salle de bain, et même un WiFi efficace.

    Passé 9h30, il fait bien chaud
    Exemple de fech fech
    L’arrivée à Tavildara

    Il faut reconnaître qu’on dort beaucoup mieux dans un vrai lit que sur les espèces de futons des tadjiks, ou sous la tente. Donc nous attaquons notre journée bien reposés, ça tombe bien car nous démarrons notre première difficulté, un col à 3200 m. Nous choisissons de le faire en deux étapes. Rouler en permanence sur des pistes souvent cassante change les habitudes. Pour boire, il vaut mieux s’arrêter. Il faut se mettre debout sur les pédales beaucoup plus souvent pour soulager son postérieur qui est beaucoup plus maltraité, on ne peut pas rester le nez en l’air trop longtemps, quant aux vidéos d’une main c’est très hasardeux. Je vais devoir utiliser la Gopro plus souvent. Bonne nouvelle, la température baisse enfin, grâce à l’altitude. Au bivouac, nous commençons à nous couvrir dès quinze heure, impensable, il y a quelques jours ! Nous le partageons avec les espagnols rencontrés hier. Une des deux femmes n’est pas très en forme, probablement la salade de la veille. Partis directement de Dushanbé, leur tour du Pamir en 22 jours devra se faire au pas de course, mais ils ont l’air bien affûtés.

    Un des nombreux abris pour le pique-nique
    Les vues depuis
    Depuis le bivouac

    Aujourd’hui, nous finissons le col de khoburubot, puis nous avons 37 km de descente sur une piste plus ou moins roulante. Ce n’est pas vraiment reposant, car nous sommes constamment debout sur les jambes pour encaisser les secousses et diriger le vélo. Ça secoue tellement que les sacoches se décrochent, la sangle de la tente se défait, une attache d’un support de gourde se casse, et dans la sacoche de guidon, le passeport est sorti de sa poche et s’est rangé dans un autre compartiment ! Le paysage dans la descente est grandiose, on se régale. Même les espagnols qui ne sont pas expansifs nous disent que c’est mucho bonito, quand nous les revoyons en bas. Nous atterrissons tous dans la même guesthouse au bord de la rivière. C’est malin, avec cette descente, nous replongeons dans la vallée et ses températures intenables.

    En montant
    Vers le col
    Une petite pause
    L’arrivée au col
    Au col avec un cantonnier
    Le début de la descente

    Nous voilà à Kalai khum, dans une guesthouse au bord de la rivière. Nous croisons des personnages étonnants, un ancien GI qui a servi en Afghanistan, un peu en rupture avec la société américaine auto centrée. Il parcourt le monde depuis dix ans sur sa moto. Un jeune motard allemand solitaire, qui a traversé l’Iran, l’Afghanistan, et qui va continuer vers la Chine, l’Inde. Un cycliste belge solitaire également en voyage dans ces contrées depuis presque un an.

    De notre côté nous continuons notre route vers le Pamir. Nous ne nous lassons pas de ces paysages superbes. Il y a très peu de réseau et quand il y en a, il est de très mauvaise qualité. Je ne sais pas trop comment je vais pouvoir continuer à publier. Mais je stocke mes notes et les photos, donc ça partira bien un jour.

    9 commentaires sur “En route pour le Pamir”

    1. Ah ah ! Partir au Pamir pour découvrir la culture française en chansons ! Je parie que ce n’était pas prévu ! Très drôle.
      Étonnantes ces rencontres avec les divers routards qui passent par là.
      Avec votre hôte qui vous a mis en pantalon, vous parliez en quoi ?
      Et toujours, paysages grandioses et impressionnants !
      Bonne suite

      1. Oh la la mais t’as oublié de prendre ton VTT !
        En tous cas, les photos et tes commentaires sont impressionnants, j’espère que vous gardez le moral malgré les difficultés !
        On continue de vous suivre, bonne route !

    2. Ah voila le wild trip… un périple qui va vous faire les cuisses que ce soit pour monter ou amortir. Ça va ton genou ca a l’air !
      Et Doum … elle est où ? Elle a dé. Pisté et heureusement car vu l’état des routes !!
      Bonne suite messieurs, le teasing est fait pour la suite … alors je patiente pour le prochain numéro. D ici là portez vous bien.

    3. Quand on y est au col, on fait des rencontres. Doum ne doit être mécontente d’être rentrée à la maison vu l’état des pistes !!! Çà commence à devenir sérieux. Lu dans un bouquin de Sylvain Tesson, l’aventure c’est d’aller d’un bivouac à un autre de la manière la plus compliquée possible. Je vous souhaite plein de beaux bivouac et autant de rencontres riches et improbables. Vous allez rentrer millionnaires en souvenirs. Merci de nous partager les dividendes !!!!

    4. Bravo, bravo, c’est une belle aventure, les photos et commentaires sont tops et vidéos sont bien nettes malgré les soubresauts des pistes. Cela donne bien envie, nonobstant les efforts (Dauphine est moins d’accord avec l’envie).
      Au plaisir du nouvelle épisode de la série.

    5. Les garçons, je vous trouve bien courageux de filmer dans des conditions aussi difficiles : chapeau !
      Herve, ne te mets quand même pas une boîte en faisant ton job de reporter 😉
      En tous cas ´, nous on apprécie 👍
      Et Doum doit effectivement être très contente de ne pas pédaler sur des pistes poussiéreuses et « casse-gueule »…

    6. Suis en retard de qq jours pour vous lire
      Pas déçue de vois retrouver avec la banane dans ces paysages insolites, grandioses, désertique et arides ! Bravo à tous les deux : du courage et soif d’aventure pour aller de l’avant, c’est super !! Bravo Hervé, bravo Christian et merci de nous faire partager cette aventure Pamir. On vous embrasse de toit coeur 🥰

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