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Entre Bosnie et Croatie

    Entre Bosnie et Croatie

    18 avril 2025

    Sur la route de Split nous faisons une pause à Trojir, un superbe village concentré sur un petit îlot tout proche du continent. Au centre, les rues sont très étroites, juste la largeur d’un vélo avec sacoches. De gros bateaux sont ancrés le long des quais.

    Nous voilà maintenant à Split ou nous rejoignons Anne-Marie, une amie grimpeuse de Grenoble qui est partie seule à vélo peu après nous, par d’autres chemins. Nos routes se croisent à Split, où nous passons une journée de repos ensemble très sympa à échanger nos expériences sur nos voyages respectifs. Anne-Marie doit encore rester à Split car elle attend la livraison d’un arceau de sa tente qu’elle a cassé récemment. Split est vraiment une très belle ville, mais avec les vacances de pâques qui démarrent, des nuées de touristes, dont pas mal de français ont envahit la ville. Plus le soleil qui se met de la partie, ça nous fait un contraste énorme avec les sites touristiques déserts que nous visitions en tenue d’hiver il y a deux jours à peine. Cette ville était au départ simplement le palais de Dioclétien, un empereur romain. Puis comme c’est souvent le cas dans la région, toutes les puissances de l’époque se la disputent. Dans l’ordre, les ostrogoth (encore eux), les slaves, la republique de Venise, même les français sous Bonaparte, l’Autriche Hongrie, le royaume serbe croate et slovène, l’Italie, la Croatie, la Yougoslavie, et enfin encore la Croatie.

    Avec Anne-Marie
    Vue générale de Split
    La place de la république

    Cette journée de repos était nécessaire car nous avons pédalé huit jours d’affilée, ce qui est une première pour mon genou en plastique. Il a l’air de bien encaisser ce régime. Nous repartons donc avec comme objectif Dubrovnik dans cinq jours normalement. La météo a changé, nous avons maintenant un fort vent de sud, donc plutôt de face, et du mauvais temps en prévision. Seul avantage, il fait moins froid. Alors nous repoussons encore les bivouacs, nous finissons par trouver des chambres en nous écartant de l’itinéraire prévu, mais au prix d’un peu de dénivelé supplémentaire.

    Le départ de Split
    On a pris de la hauteur
    Un village perché

    Les croates sont très croyants et pratiquants. En ce dimanche des rameaux, toute la population se rassemble dans les églises qui ne peuvent absorber la foule. Les parvis sont noirs de monde, chacun avec son rameau. Dans un village, nous avons dû fendre la foule avec nos vélos pour pouvoir passer ! Nous constatons aussi que les prix, logement, bouffe baissent sensiblement par rapport à la côte, à quelque dizaines de kilomètres seulement.

    Deuxième jour avec vent de face, et en prime de la pluie pendant la moitié de la journée. Dommage les paysages sont sympas, mais on ne regarde pas trop. En descente la pluie nous fouette le visage, on ferme à moitié les yeux, il ne faudrait pas qu’un gros trou ou un caillou surgisse à l’improviste. A perte de vue, des murets pour terrasser les collines. Certaines terrasses sont toutes petites, biscornues, et abritent quelques ceps de vigne. A un carrefour un automobiliste nous demande, dans un mauvais anglais, d’où l’on vient. Quand il comprend notre périple, il descend de sa voiture et vient nous serrer la main et nous congratuler. A partir de là, le vieux bonhomme nous parle en croate à flot continu. Encore une fois, mes quatre mots de russe nous sauvent, je comprends qu’il s’appelle Dragomir et qu’il a fait lui aussi un voyage mais en voilier, de l’Islande aux caraïbes. Alors je lui serre la main à mon tour et le félicite. Et nous repartons bons amis !

    Le mauvais temps est devant nous
    Des murets
    encore
    des murets

    En fin de journée nous passons la frontière croato-bosniaque. Le contraste est saisissant, les routes sont petites et défoncées. Même la guérite du poste frontière bosniaque est bien modeste par rapport à son vis-à-vis croate. Le coût de la vie est bien inférieur, le soir nous nous sommes régalés de spécialités locales pour moitié moins cher que d’habitude.

    La frontière côté Bosnie

    Notre deuxième journée en Bosnie confirme notre première impression, nous trouvons plein de toutes petites routes qui cheminent dans la campagne. Elles sont un peu rafistolées, et suivent rigoureusement le relief, mais c’est bien agréable. C’est étonnant mais nous sentons rapidement une différence de mentalité avec la Croatie. La plupart des automobilistes sont respectueux, ils font gaffe à ne pas nous éclabousser quand il y a des flaques. Ils nous font des signes et des coups de klaxon pour nous encourager. Il y en a même un qui s’est arrêté à côté de Doum pour lui demander si tout allait bien. Ca change des croates indifférents ou réservés. Par contre pour ce qui des déchets, même combat pour les deux pays. Déchetterie = nature. Nous faisons un petit détour pour aller voir les chutes de Kravica, mais c’est un grand site touristique payant, et comme nous sommes sous la pluie depuis ce matin, on ne s’éternise pas et nous nous contentons de les observer de loin.

    Les chutes de Kravica
    de loin et sous la pluie

    Ce soir, nous repassons la frontière croate pour atterrir à Metkovic, la plus moche des villes que nous avons traversé jusque là. Peut-être un reste de l’époque de Tito où l’architecture était sous influence soviétique, mais quelques immeubles valaient le détour. Et dans la série des spécialités locales, nous vous donnons un aperçu de ce que l’on voit régulièrement sur les bas côtés des routes.

    Les chouettes
    immeubles
    Le style Metkovic
    Les déchetterie locales

    Ensuite nous re-re-passons en Bosnie, et par la même occasion, nous passons en été. Ce matin il fait chaud, le vent de sud s’est enfin mis à réchauffer l’atmosphère, par contre il souffle de face toute la journée avec des rafales à 80 km/h selon la météo, et nous confirmons. Nous sommes parfois stoppés net sur le plat. Cela a valu une chute à Doum, elle roulait dans ma roue, quand une rafale m’a freiné brutalement, sa roue avant a tapé mon vélo et boum. Elle s’en tire avec une grosse frayeur, quelques bosses et des écorchures, pauvre Doum, mais rien de cassé. Cela ne nous a pas empêché d’apprécier le paysage très beau aujourd’hui. En prime ce soir nous sommes dans une auberge tenue par Téo, un croate d’origine bosniaque qui nous offre une grappa locale en guise de bienvenue. Nous passons enfin une soirée à discuter avec un autochtone sympa. Téo qui a exactement notre âge, a exercé mille métiers en commençant par groom dans les hôtels de Dubrovnik, ingénieur en mécanique et aussi responsable d’un peloton dans l’armée pendant deux années de guerre.

    Le lac de Svitavsko
    Un pique-nique à l’abri du vent
    Ce coin nous fait penser
    au désert des tartares

    Et une petite vidéo avec musique couleur locale. Avec le vent mes commentaires sont inaudibles.

    Nous partons en direction de Dubrovnik en suivant une ancienne voie de chemin de fer qui reliait Mostar à Dubrovnik. Cette ligne créée par les autrichiens au début du siècle dernier à été abandonnée dans les années 70 par l’administration de Tito car pas rentable. Notre ami Téo, nous a expliqué que la raison réelle est qu’il était plus facile de contrôler une population citadine que rurale, les paysans pouvant mener une vie quasiment en autonomie. L’objectif est atteint, 95% de la population a déserté la région après fermeture de cette ligne. Téo connaît le sujet, il a racheté une des gares en ruine et l’a retapée pour en faire l’auberge dans laquelle nous venons de passer la nuit.

    La ligne de chemin de fer
    Mostar Dubrovnik

    Nous arrivons à Dubrovnik sous des trombes d’eau. Cette ville ne se donne pas facilement, je sais exactement où est notre chambre, mais pour y arriver nous butons sans cesse sur des marches d’escalier bien raides. Finalement Doum va à la rencontre de notre logeuse à pied et j’attends. En fait il n’y a pas d’autre solution que se taper les marches avec nos vélos, avec aller-retour car il faut être à deux pour un vélo. Et notre garage à vélo est sur le palier au premier étage !

    Le lendemain, il fait super beau, nous faisons la visite sous le soleil. La saison est déjà lancée, c’est déjà bourré de touristes et tout est plutôt cher. Mais cette ville est vraiment étonnante, entièrement protégée par ses remparts. Quelques brèches permettent de passer de l’autre côté et de se retrouver sur les rochers au dessus de la mer. A l’intérieur des ruelles étroites et des escaliers partout. Pas étonnant qu’elle ait servi de décor à Game of throne, ça vaut vraiment le détour.

    Notre chambrette
    La rue principale
    Une des brèches
    dans les remparts
    Une vue d’ensemble
    Le petit port

    Demain nous quittons la Croatie et la Bosnie, pour le Monténégro. Il va falloir être en forme car dans quelques jours nous allons avoir du gros dénivelé. La météo a l’air de s’arranger et les paysages à venir ont l’air très beaux, nous allons reprendre notre petite routine de pédalage quotidien.

    19 commentaires sur “Entre Bosnie et Croatie”

    1. Superbes reportages !! Merci pour ces visites touristiques 👍. Nous sommes ravis de cheminer avec vous 🤗 Bisous et tjrs bonne route, bon vent (dans le dis bien sûr 😉😁!)

    2. Merci pour ce superbe compte rendu de voyage!! Avec en plus des données historiques et politiques! J’espère que le soleil va s’installer ! Bises

      1. Dur dur le vent. Fait gaffe petite sœur, la route est encore longue. Nous avons eu la visite de Chloé ce soir. Impeccables les commentaires historiques. Çà sent l’orient avec ces arcs trilobés. La tente va-t-elle bientôt servir !? Il n’y aura pas de grappa au coin du champ. Bon vent( dans le dos).

    3. On se sent tout remué de vous voir évoluer dans cet inconnu qu’on découvre avec gourmandise à travers vos images animées, un vrai régal de découverte et de proximité. Plein de bises d’encouragement des parents et de votre fifille chérie (la préf’) non je rigole, de la plus grande.

    4. Grand merci pour ces reportages photos et en prime avec des cours d histoire.du coup j ai sorti ma carte de l europe pour vous suivre précisément.Et Dominique s il te plaît attention à toi!
      Et admirative de votre ténacité car les conditions sont quand même parfois sportives.
      Bises

      1. Ce n’était pas un problème, j’en ai pris pour deux. Très bonne en plus, parfumée aux herbes de la région. Il y en avait aussi dans notre appart à Dubrovnik, j’ai trinqué tout seul.

    5. Hello les copains de vélo ! Très Sympa de suivre votre belle aventure, profitez bien et un grand merci pour le partage de vos péripéties, on attend la suite avec impatience !!!

    6. Ca fait plaisir de vous voir moins emmitouflés. Quel courage ! On espère que vous avez échappé aux perturbations qu’on a eues ici ( 1 m de neige venue de l’est dans les stations de Savoie).
      On vous embrasse. Bonne route.

    7. Trop sympa vos reportages 👍
      Moi qui n’avais pas envie d’aller en Croatie, vos photos vont peut-être me faire changer d’avis 😂
      Doum, tu as été chanceuse de t’en titrer avec des bosses et des égratignures : c’est en tombant exactement de la même façon que toi que la maman d’Etienne s’est retrouvée avec une prothèse de hanche…
      Avec Etienne, on se prend la pluie … en Corse 😂
      Bises et bon soleil (pour changer du vent !)

    8. Super reportage et magnifiques photos ! Bravo pour tous ces kilomètres parcourus et dénivelés avalés à la seule force de vos mollets. Mon admiration est sans bornes… Bises

    9. Waouhh !
      Trop bien de vivre votre fabuleux périple cyclo sans avoir à pédaler !
      Grand merci pour le partage, tellement bien décrit avec force détail : belles photos, anecdotes, rencontres touches culturelles,..
      Et ben vous êtes des costauds ! Bravissimo et bonne continuation !

    10. Hello. Petite question anticipée : aurez-vous toujours accès au réseau et autres commodités technologiques quand vous serez au bout de votre parcours ? 🤔

      1. Avec free c’était OK jusqu’au Monténégro, mais en Albanie, je viens d’installer une e-sim à 4$ pour une semaine et 1Go. Ça l’air de bien marcher. Pour l’Asie centrale j’ai noté un opérateur qui vend des cartes sim prépayées. Mais si je peux, je continuerai avec une e-sim c’est plus pratique à installer.

    11. Hello vous deux,
      Merci pour ces reportages super intéressants !
      Hâte de vous lire pour la suite…
      Un grand BRAVO pour tout ce que vous accomplissez.
      Je rêve d’en faire un jour, un petit bout à votre façon 🙂
      Plein de bises ensoleillées.

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