La vallée du Whakhan
29 juillet 2025
Le dernier soir à Khorog nous rencontrons de nouveau Nora et Samuel, ils sont venus de Rushon en taxi car leur état de santé ne s’est pas amélioré. Nous sommes vraiment désolés pour eux. Cela ne nous empêche pas de passer une très bonne soirée avec eux au Joy café, le bar branché de Khorug. Ils envisagent de continuer en mode touriste avec voiture 4×4 jusqu’au Kirghizistan pour profiter quand même de cette région superbe. Au passage, nous croisons un tchèque randonneur à pied qui a quitté son groupe d’ami ce matin à cause d’un mal des montagnes vers 4000 m alors que leur objectif était un sommet à plus de 6000 m. Le matin à l’aube, nous repartons pour la Wakhan valley qui longe toujours la rivière Panj. Quand on voit combien elle est limoneuse, on peine à croire qu’elle est limpide et bleue après l’été. La Wakhan valley est en fait la partie nord du corridor du Wakhan. Celui-ci a été créé par un accord entre l’Afghanistan et l’empire britannique en 1893. Le but était de créer une zone tampon entre Russes et Britanniques, deux empires rivaux dans la région. La route n’est pas plus mauvaise que les jours précédents, mais apparemment ça va vite se dégrader.
A midi nous trouvons un petit restaurant bien sympathique. Nous trouvons des kartochkas (beignets de pomme de terre) et des samossas. Devant l’entrée nous rencontrons un habitant de Donetsk qui voyage avec sa vieille moto russe et son petit-fils en side-car. Nous ne savons pas s’il est Russe ou Ukrainien. Encore une rencontre insolite.

Le soir, enfin au début des heures chaudes, donc peu après midi, nous trouvons un beau bivouac dans un champs. Son propriétaire nous offre un chay chez lui avec un super bon pain maison tout chaud et de la confiture de merise. C’est un ancien ingénieur en électricité qui a travaillé pour une compagnie de l’Aga Khan dans tous les pays environnants. Ses enfants ont fait leurs études à Dushanbé et travaillent maintenant à Moscou. Ce n’est pas la première fois que nous entendons ce scénario. Ces pays d’Asie centrale sont encore bien tournés vers la Russie, qui doit voir dans leur jeunesse éduquée, une main d’œuvre qualifiée bon marché. Il ne faut pas oublier que ces pays n’ont pas souhaité leur indépendance, mais l’ont subie lors de l’éclatement de l’URSS. Le soir, peu après notre dîner de nouilles chinoises, notre ami nous amène un plateau avec deux soupes et encore du bon pain maison. Obligés de faire un deuxième repas 😄
Nous avons des nouvelles de Jürgen qui nous dit que le Kargush pass est « Incredibly difficult ». Bigre, nous verrons bien sur place, et nous nous disons qu’il a des pneus trop fins pour les parties sabloneuses que nous allons trouver là-bas 😳. En attendant nous avons notre étape du jour, toujours sur une route qui alterne le bon et le moins bon. Le bon est bien en dessous des pires routes goudronnées en France. En chemin nous faisons un brin de causette avec Kazu, un cycliste japonais solitaire qui chemine en sens inverse. Nous échangeons des informations sur nos routes mutuelles à venir. Il est très enthousiaste, et c’est marrant nous avons le même age, du coup il me serre la main. J’adore ces rencontres improbables au milieu de nulle part. Notre étape se termine à Iskoshim dans une homestay grand luxe, avec douche, WC, et WiFi.
Aujourd’hui grasse mat jusqu’à 5h45, car il commence à faire un peu moins chaud à 2500 m. Comme nous avons plutôt une « bonne » route ce matin, nous arrivons plus vite que prévu à l’étape. Nous décidons alors de continuer encore une douzaine de kilomètres. Évidemment la route se dégrade fortement, et le soleil fait son apparition. Nous avons des passages raides où les roues patinent, puis des zones sableuse, où les roues plongent littéralement en nous arrêtant net. Nous finissons par arriver à Zumudg ou nous demandons où planter notre palatka (tente). On nous indique une petite zone plate, ombragée et bien abritée. Il faut toujours demander aux habitants, ils connaissent toujours les meilleurs coins. En chemin nous avons croisé Madeleine et Félix, un couple d’autrichiens. Félix voyage depuis trois ans, et va mettre encore six mois pour rentrer chez lui. Grâce à la discussion que nous avons avec eux ainsi que celle avec Kazun hier, nous prenons une décision qui nous rend guillerets et impatients. Mais je vous en dirai plus dans quelque jours lorsque nous serons à proximité du village de Kargush.
Ce matin notre bivouac sympa se transforme en enfer à cause des moustiques, en plus ils sont très mal élevés car ils ne savent pas que d’habitude on ne me pique pas ! Nous plions rapidement la tente et nous fuyons pour petit déjeuner tranquillement plusieurs kilomètres plus loin. Cette fois la route est vraiment très mauvaise toute la journée. Une nouvelle « amie » fait son apparition, je crains que ce ne soit pour un long moment : la tôle ondulée. En vélo c’est assez terrible, il faut trouver des lignes de bord de piste pour l’éviter à tout prix. Chaque jour nous croisons des voyageurs en provenance du Kirghizistan. Hier en plus des deux autrichiens, une polonaise et un russe, aujourd’hui trois koréens et deux espagnols à pied. Ils sont unanimes, les deux journées à venir vers le Kargush pass sont très mauvaises. On a dû mal à imaginer pire qu’aujourd’hui, mais nous verrons bien demain. De plus nous allons être en autonomie les jours à venir, donc nos sacoches sont pleines de provisions. Pour l’eau, nous devrions trouver des sources, il nous suffira de filtrer. Peu avant Langar nous quittons la rivière Panj que nous suivons depuis 500 kilomètres. Nous longeons maintenant la rivière Pamir.
Je vous en dis plus sur la décision qui nous rendait guillerets, il y a deux jours. A Kargush, nous allons prendre à droite vers la vallée de Zarinkul. Ça sera vraiment très sauvage, et très beau. J’avais repéré cette vallée avant de partir, mais je ne connaissais pas l’état de la piste, et surtout d’après la carte, elle ne semblait plus vraiment tracée par endroits. Les cyclistes rencontrés nous ont confirmé qu’elle n’était pas mal et qu’avec le GPS, on ne pouvait pas se perdre. Il nous faut juste partir avec des provisions pour six jours. Nous n’auront plus de magasin mais nous allons croiser deux homestay. Au départ de Langar, c’est très vite un cocktail corsé : pente raide 8 à 10%, altitude élevée entre 3000 et 3600 mètres, piste défoncée et surtout pas adhérente. Nous mettons 4h30 pour faire 35 km. Le plus dur est d’arriver à doser la puissance pour ne pas patiner, mais pour avancer quand-même. Et à cette altitude, il faut aussi doser l’effort pour ne pas être à bout de souffle. Nous finissons par trouver à peu près la technique pour avancer sans s’épuiser et nous arrivons au sommet où nous faisons le plein d’eau dans le torrent, puis nous ajoutons nos pastilles de Micropur. Même la descente n’est pas simple, le vélo part souvent en dérapage des deux roues, dans le sable ou les cailloux instables. C’est amusant, mais il ne faut pas trop se rater. Nous trouvons un bivouac, en bas de la descente à côté d’un torrent, il fait encore chaud même à 3300 m. A la nuit tombée, il nous faut quand même nous couvrir, mais ça ne descend pas en dessous de 14° environ.
La suite au prochain épisode, mais le prochain article sera un peu différent des précédents.
Soit fort et patient. A bientôt.
Et voilà, c’était le dernier reportage et nous sommes un peu tristes aussi, de ne pas avoir pu suivre jusqu’au bout ce périple.
Soigne-toi bien et bon rétablissement et surtout bon retour : on t’attend de pied ferme pour les recits de cette belle aventure.
Bises et à très bientôt donc :-)) Contents aussi de te revoir mais si c’est plus tôt que prévu !!
Et voilà, c’était le dernier reportage et nous sommes un peu tristes aussi, de ne pas avoir pu suivre jusqu’au bout ce périple.
Soigne-toi bien et bon rétablissement et surtout bon retour : on t’attend de pied ferme pour les recits de cette belle aventure.
Bises et à très bientôt donc :-)) Contents aussi de te revoir même si c’est plus tôt que prévu !!