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Le massif de Gümüşhane de Sivas à Bayburt

    Le massif de Gümüşhane de Sivas à Bayburt

    9 juin 2025

    C’est reparti après six jours de pose, les jambes commençaient à être en manque de pédalage. Le paysage change, plus montagneux et verdoyant. Assez vite nous apercevons deux cyclistes au loin, quand ils nous voient, ils s’arrêtent pour nous attendre. Nous faisons la connaissance de Lara et Leona deux jeunes allemandes charmantes et très enthousiastes. Nous décidons de faire la route ensemble. Nous papotons pendant trente kilomètre, dans de superbes paysages, le temps passe très vite. Mais c’est bien dommage, nos routes divergent, nous aurions bien continué ensemble. Leona doit rentrer bientôt en Allemagne et Lara continue jusqu’en Géorgie, peut-être nous croiserons nous plus tard. J’espère que nous aurons d’autres occasions de ce genre, ça doit être sympa de pédaler quelques jours à plusieurs. En fin de journée, nous avons du mal à trouver un coin pour bivouaquer, et un fort vent de face nous ralenti. Nous poursuivons jusqu’à Kosdere où nous trouvons encore une école qui semble désaffectée. Le fermier voisin vient nous rendre visite avec deux kangals, apparemment très jeunes, mais ce sont déjà de belles bêtes. Les kangals nous adoptent et passent une partie de la soirée avec nous en lorgnant un peu sur la sacoche de bouffe. De notre côté, nous ne sommes pas sûrs d’avoir envie de les adopter.

    Un pont après Sivas
    Lara et Leona
    Un taureau perdu sur la route, nous sommes sauvés par un paysan sur son tracteur
    Un troupeau moins inquiétant
    Nos « amis » les kangals au bivouac
    Un nuage noir qui nous a valu une bonne averse en fin de journée

    Au petit matin je dois sortir de la tente et je m’aperçois qu’il manque une de mes chaussures de vélo. Mince, je cherche partout, impossible de la trouver. Un des chiens a du passer dans la nuit et jouer avec, je ne vois pas comment nous allons pouvoir la retrouver. Je me recouche en imaginant les scénarios. Le plus probable est de pédaler avec une paire dépareillée jusqu’à Tbilissi où j’aurai le plus de chance d’en racheter. Mais ça ne va pas être simple dans les montées et surtout je risque de faire un effort dissymétrique et de générer une douleur. Je maudis ces chiens qui menacent nos mollets la journée et qui non contents de passer des nuits à aboyer, viennent maintenant me piquer mes godasses ! Le matin pendant que nous démontons notre campement, j’aperçois notre voisin le fermier, je le hèle et le rejoins avec une chaussure verte et une autre rouge. Je l’interroge et il se marre en regardant mes pieds. Suis-moi me dit-il, une lueur d’espoir, nous arrivons devant sa maison, sur le meuble à chaussures (devant toutes les maisons turques) ma chaussure est sagement rangée avec les autres ! Ce sont bien ses chiens qui l’ont piquée. Elle n’est même pas abîmée, sacrés clébards !

    Nous repartons donc correctement chaussés mais sous un ciel menaçant bien noir. Notre stratégie consistant à rejoindre les montagnes pour éviter les grosses chaleurs marche un peu trop bien. On aura froid toute la journée avec un crachin d’intensité variable et le vent de face, quelle que soit l’orientation de la route. Ça se dégrade quand nous passons un col à 1800 m, là c’est la tempête. Dans la descente on doit pédaler tellement ça souffle. Dommage car le paysage est superbe mais on ne regarde pas, on pédale. De plus Doum a le dos coincé depuis le matin, ce n’est pas la fête ! Une fois de plus la gentillesse turque va tout arranger. Ça se passe en trois temps. En fin de journée nous sommes arrêtés à un petit carrefour en train de réfléchir au bivouac : dans la nature avec les ours et la tempête ou dans un village avec les chiens. Un turc anglophone tombé du ciel arrive en voiture et nous dis, suivez-moi au village dans cinq kilomètres vous trouverez tout ce qu’il faut. On le suit, il nous attends régulièrement et une fois au village, nous trouvons un parc d’enfant pour planter la tente. Avant de nous saluer, il nous dit avoir prévenu le mokhtar (chef du village) et les « Jandarma » qui sont tout à côté. Pendant que nous montons la tente, un gendarme arrive et nous dit gentiment qu’ils doivent contrôler nos papiers : venez quand vous aurez fini, nous vous offrons le chay. On s’exécute, nous sommes reçus par le chef tout intimidé, c’est drôle. Bien sûr le contrôle est un prétexte, nous discutons de tout, du PSG qui vient de gagner. En plus du chay, il nous demande plusieurs fois, si nous voulons manger. Nous finissons par accepter, hop nous voilà avec toute la caserne en train de nous rassasier avec des pides (sorte de pizza) et de la salade. Troisième acte, le meilleur. En rentrant à la tente, nous voyons un homme dans le parc en grande conversation téléphonique. En fait il est en train de brieffer sa fille étudiante au Canada qu’il nous passe : ça lui fait mal au cœur de nous voir camper dans le froid, il nous propose tout, manger, douche, dormir, au minimum un chay. Je vois que Doum tilte sur « Douche chaude ». Ok va pour la douche, il nous emmène chez lui. Forcément, on finit par dormir chez lui. Je vous passe la logistique pour revenir chercher la tente, les vélos. A un moment, il m’a carrément passé les clés de sa voiture ! Chez lui c’est un festival, Bulent est un cinquantenaire énergique et volontaire. Je l’ai vite surnommé monsieur « problem yok » (pas de problème). Nous passons la soirée à nous marrer en discutant en anglais, turc et même en russe qu’il parle à peu près comme moi. Pour ne pas nous gêner, il va dormir chez son oncle et nous laisse la maison. Quand j’ai voulu faire la vaisselle, il m’a pris par les épaules et envoyé valser de l’autre côté, pas question ! Nous passons une super nuit au calme et au chaud.

    Toujours
    bien nuageux
    Le col tempétueux
    Le bivouac éphémère
    Dans le village de Şerefiye
    Notre ami Bulent
    Notre chambre bien chauffée par le poêle

    Ce matin, après un bon petit-déjeuner avec notre hôte, il a fallu négocier, car comme ça monte bien pour partir de chez lui, Bulent voulait nous amener en haut de la colline avec sa camionette ! Nous partons donc sous un bon soleil. Nous allons nous en mettre plein les yeux aujourd’hui avec les paysages montagneux du massif de Gümüşhane. Nous passons un col à 1900 m où il fait encore un peu frisquet avant de redescendre à Suşheri où nous avons un petit hôtel très peu cher. Très belle journée. C’est drôle comme nous avons tendance à oublier très vite les moments pénibles, seulement hier c’était une journée difficile, surtout pour Doum avec son mal de dos. Aujourd’hui, elle a moins mal, il fait beau, la vie est belle.

    Au départ
    de chez Bulent
    Et un petit col
    Notre pique-nique

    Et quelques paysages du massif de Gümüşhane

    Un aperçu pas très bien cadré de notre descente sur Suşheri, avec une musique locale qui rappellera des souvenirs à certains d’entre vous.

    Aujourd’hui, c’est un peu une route liaison, pas d’autre choix que l’autoroute pendant plus de quarante kilomètres. Mais une bonne partie en descente, de beaux paysages, pas trop de circulation et surtout une large bande d’arrêt d’urgence. C’est drôle en guise de pique-nique nous nous arrêtons dans les aires de repos, on en profite comme tout le monde pour nous dégourdir les jambes 😄. Depuis le début du voyage, je m’efforce chaque jour de pédaler au moins cinq minutes sans lever le talon. Au delà ça me fait trop mal. Aujourd’hui miracle, j’ai pu tenir plus de dix kilomètres. Après, ça a fait des bruits bizarres de mécanique déglinguée dans le genou. J’espère que ça va continuer de progresser car avec le pied plus à plat, je gagne clairement en puissance. Ce soir, nous avons trouvé un bivouac tout en haut du village de Karayakup, la vue est superbe sur toute la vallée.

    Aujourd’hui,
    décor autoroute
    Devant le lac du même nom
    Caramba, j’ai raté le compte rond !
    Bivouac à Karayakup

    Nous avons un problème avec les chiens, à peine couchés, ils sont venus près de la tente pour aboyer non stop. On a laissé faire, pensant qu’ils allaient se lasser. Mais après quarante minutes, je suis sorti leur demander, pas poliment, de cesser le raffut. Seuls des jets de pierres les ont fait partir. On se recouche pensant avoir gagné la partie, mais non, il a fallu recommencer au moins trois fois dans la nuit. Seule différence par rapport à la première séance, ils s’approchaient moins de la tente, sachant qu’une volée de pierre allait arriver sans tarder.

    Nous repartons pour une belle journée, et de superbes paysages toute la journée, notamment les gorges de Çobanli. Le soir nous arrivons à Siran où nous devons faire une journée de repos. Mais les choses ne se passent comme prévu. Lorsque nous arrivons à l’appart-hotel que nous avons réservé, le propriétaire nous dit que son hôtel est fermé par le gouvernement. On apprendra plus tard que c’est à cause d’un problème d’électricité. S’ensuit une discussion où je lui demande de nous trouver une solution de remplacement, mais en fait ce n’est pas son problème, il s’en fout. Il existe donc des turcs pas sympas ! Pas de chance, nous sommes en pleine fête de Şeker bayrami qui correspond à notre Noël en Turquie. Tous les hôtels ou pensions sont pleins. Notre journée de repos est mal barrée. Je me dis que la solution viendra d’un turc sympa que nous devons trouver. Nous nous arrêtons un peu au hasard devant le kebab que nous avions repéré pour le dîner. Et la machine turque s’est mise en route. Quelque chays plus tard, nous avons la solution, la propriétaire du kebab avait songé un instant nous proposer son jardin, puis elle a pensé aux chambres d’hôtes que la mairie gère pour les gens de passage. Il restait une place, et nous voilà dans une chambre d’hôtel gérée par la mairie pour moins de 25 euros. Le soir nous retournons évidemment au kebab et nous passons la soirée avec la famille et une amie de la dame qui nous a sauvés. Vive la Turquie !

    Sur la route
    de Siran
    Notre hôtel municipal
    Notre sauveuse Esra et la petite famille

    Notre journée de repos se décale donc de deux jours, elle se fera à Bayburt. Nous repartons sur des routes un peu droites avec les sommets enneigés au loin. Ce soir nous avons bivouac vers Köse. La routine habituelle, quelques courses, puis trouver de l’eau. En l’absence de fontaine, nous visons la mosquée, il y a toujours de l’eau pour les ablutions. Là il se trouve que nous rencontrons le directeur de la cité universitaire de la ville. Évidemment, il nous propose d’y dormir. Nous voila donc dans un grand batiment de six étages quasi vide, vu que les cours sont terminés à cette époque. Au passage, c’est en bien meilleur état et plus confortable que pas mal de nos vieilles cités U en France …

    Et un petit col
    Notre cité U
    et la vue du 6ème

    Le matin, pour une raison inconnue, nous devons quitter les lieux à sept heures. Nous voilà donc sur le vélo à une heure inhabituelle. Mais il ne fait pas trop frais, la température augmente de jour en jour. Heureusement que nous restons en altitude. Nous prenons notre petit-déjeuner dans un beau spot qui aurait pu servir de bivouac. Et nous voilà partis pour une étape tranquille jusqu’à Bayburt où nous allons enfin prendre une journée de repos. Finalement la déconvenue de Siran est peut-être une bonne chose car Bayburt à l’air bien plus jolie.

    On voit maintenant des mosquée de poche, pour les cas d’urgence je suppose
    Un bar à chay tout neuf au milieu de nulle part
    Toujours
    les grands espaces
    Bayburt by night

    Pas de vélo pendant les quatre à cinq jours prochains car nous avons prévu des liaisons en bus et un peu de tourisme. En effet, après Bayburt et Erzurum où nous devons passer, pas d’alternative aux autoroutes. La Géorgie approche à grand pas !

    Et un dernier témoignage sur l’accueil et la gentillesse turque. Souvent lorsque nous faisons des petites courses, quelques légumes, un pain juste sorti du four, les commerçants ne veulent pas qu’on les paye ! Bien sûr nous insistons, mais nous finirions par les offenser, alors qu’ils souhaitent sincèrement bien accueillir des étrangers qui sont venus jusque chez eux. Quant aux chay, impossible de rentrer dans un bar à chay et de payer sa consommation, il y aura toujours quelqu’un pour nous l’offrir, un client ou le patron.

    14 commentaires sur “Le massif de Gümüşhane de Sivas à Bayburt”

    1. Je pense que je vais sérieusement commencer à regarder la Turquie entre les paysages et l hospitalité ça fait envie. Mais dites moi que ressentez vous suite à ces rencontres éphémères ces rencontres courtes ces rencontres d une fois … beaucoup d émotion j imagine. Bon Hervé ton genou ça va quand même tu fais attention à toi. Alors Doum tu continues toute l aventure ou pas ?
      Bises à tous les 2 et merci pour le récit.

      1. La Turquie est immense, il y a mille chose à voir. A part Göreme qui est vraiment unique, nous avons soigneusement évité les régions touristiques, principalement les bords de mer. Après un mois dans ce pays nous sommes toujours surpris par cette gentillesse, mélange de tradition, culture et religion. Après ces rencontres on ressent plusieurs choses, un sentiment de sécurité dans ce pays. Bien que le contexte ne soit pas comparable, un sentiment de honte sur la façon dont on reçoit les étrangers chez nous. Et l’absurdité de la tendance actuelle à vouloir s’enfermer dans sa communautés et s’opposer aux autres parce qu’elle sont différentes.

      2. Après 4 mois d’un superbe voyage je vais rentrer. D’une part parce que mon aisance sur des pistes compliquées ne s’est pas améliorée, d’autre part parce que je serai ravie de passer l’été avec la famille et les amis .

    2. Jean m’avait dit que vous aviez fait un blog et donc j’ai cherché. Facile !! Et quel blog !! On voyage avec vous, c’est plein d’anecdotes sympas, d’émotions partagées et culturel aussi. En bref, j’ai tout lu aujourd’hui !! Et effectivement la Turquie a l’air extrêmement sympa. Dommage qu’à sa tête se trouve un autocrate ….

    3. Et bien c’est super de savoir que Doum rentre bientôt ! En fait, je me disais que ça commençait à faire long que vous soyez partis !!! Mais bien sûr, le rêve de Hervé approche et surement hâte de voir arriver Christian pour la suite !!!
      Bises bises à vous deux 😘😘
      Heureusement que l’accueil turc est sympa car ce n’est pas simple toutes ces routes, le temps, les chiens, les qq douleurs, et trouver les hébergements !! Vous êtes des “guerriers” !!! Bravo 🚴🚴👍💪

    4. Whaou, quelles belles marques d’hospitalité. On se sent redevable apres tout ca ? et si oui, on fait comment pour choper des cyclistes perdus dans le Grésivaudan ? on attend au cimetière qu’ils viennent refaire le plein d’eau ?

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