Les plateaux d’Anatolie
28 mai 2025
Un petit coup de bus et hop on gagne 180 kilomètres et le soleil normalement. Cette fois pas de boulette, on a bien compté toutes les sacoches avant de quitter le bus. Et à la gare de Bursa j’ai retrouvé mon pote le responsable qui m’avait bien aidé à retrouver ma sacoche. Une fois encore, il m’a aidé quand le chauffeur ne voulait pas trop que l’on rentre les vélos dans la soute.
Dès que l’on quitte notre ville étape Eskişehir, le paysage change radicalement. Un grand plateau très ouvert, une végétation rase, et quelques ondulations de relief. C’est très beau. Les villages aussi sont différents, plus austères, pas de commerce, ni de café, plus de place du village et donc personne dehors. Comment va-t-on faire pour trouver des bon plans pour les bivouacs ? Mais surtout, il faut que l’on s’approvisionne en eau et nous n’avons pas croisé un seul commerce de toute la journée. Nous arrivons dans le village que j’avais visé pour la nuit, toujours pas d’eau en vue, et nos gourdes sont vides. Nous croisons un paysan avec ses vaches, nous lui demandons s’il sait où nous pouvons planter notre tente. Et ensuite la routine. Voici sa réponse : vous me faites l’honneur de venir jusque chez moi, vous êtes donc mon invité, venez manger chez moi, on verra ensuite pour la nuit. Il appelle sa femme et en arrivant nous avons droit à la chorba, une sauce yaourt concombre, une ratatouille succulente et du halva (une pâte sucrée à base de sésame) et le chay. Incroyable, et il est seize heures ! Il me dit ensuite, veux-tu aller voir mes vaches, bien sûr j’y vais. Un kilomètre plus loin, voilà les vaches en train de paître. En fait, le but était de les ramener à la ferme, sauf que cela se fait en fonction du bon vouloir de mesdames les vaches, qui ont toujours un bout d’herbe sympa à brouter. Cela nous laisse le temps de deviser, sur pas mal de sujets. Deux heures plus tard, nous rentrons. Pendant ce temps Doum faisait la papote avec sa femme, ses filles et des cousines. Finalement, il nous met à disposition, une petite maison en cours d’aménagement qui sert de débarras. Mais c’est parfait pour nous.


Nous continuons notre progression sur ces immenses plateaux en nous enfonçant toujours plus profondément dans la campagne turque. Ces paysages infinis sont grandioses. Aujourd’hui le vent nous a poussé quand la route avait la bonne idée de prendre la bonne direction. Aux abords de certains villages, des palissades longent les routes sur plusieurs kilomètres. Mon ami le fermier m’a expliqué qu’elles servent à bloquer la neige en hiver quand le vent souffle. Plus besoin de déneiger les routes. On imagine bien en hiver le vent glacial souffler sur ces grandes étendues sans obstacle pour le freiner. Ce soir nous avons dégotté un petit hôtel pas cher dans un joli village au pied de la montagne. Cela tombe bien car les six prochains jours se feront en mode bivouac, ou chez l’habitant selon les rencontres que nous ferons.


Non, nous ne sommes pas devenus les Bonnie and Clyde d’Anatolie, mais nous avons pris des pistes poussiéreuses, et pas de bol, des norias de camions les empruntaient aussi pour des grands chantiers. On a donc bouffé pas mal de poussière
Toujours ces paysages infinis dont nous ne nous lassons pas. Ce soir étape à Gökpinar (j’adore) et encore un hébergement chez l’habitant dans le deuxième étage encore inoccupé d’une maison.


Nous avons une longue étape aujourd’hui car le prochain « Market » est à 80 km. Toujours des grands espaces mais un peu agricole et plus monotone que les jours précédents. Ce jour nous rencontrons deux problèmes. D’abord, il fait bien chaud, nous consommons deux fois plus d’eau et nous n’en avons pas pris assez. Le deuxième classique : en fin de journée, nous voyons fleurir quelques sens interdits sur la route que nous suivons, mais pas d’autre possibilité que le simple demi-tour. Un peu plus loin nous avons un panneau de chaque côté, mais toujours pas d’alternative. Tout en continuant, je me remémore les obstacles habituels, pont en construction, éboulement, travaux divers. Puis ça y est, je comprend, on ne l’avait pas encore eue cette version. La route va droit dans le mur, mais un gigantesque mur style barrage. Au moins là c’est sûr, ça ne passe pas. De chaque côté, une piste et encore des sens interdits. Nous voilà bien. C’est plutôt la piste de droite qui nous inspire tous les deux. C’est parti pour une ascension de trois raidillons sur plusieurs kilomètres. Je file devant pour éviter à Doum un dénivelé inutile si jamais ça ne débouche sur rien, ou si notre village étape est noyé dans une retenue d’eau. Mais une fois en haut, victoire ! Nous pouvons rejoindre notre route. Et très étrange, le mur est identique de l’autre côté, pas de lac, rien. Je croise une camionnette qui s’arrête, mais pas de réseau, difficile de communiquer. Je vois bien qu’ils veulent m’aider. Alors je me lance dans un mime digne d’un Times up pour leur dire de rassurer la cycliste qui est un peu plus bas. Pas sûr qu’ils m’aient compris. Mais cinq minutes plus tard, je les vois remonter avec une Doum et son vélo dans la benne. Trop sympas ! Le soir nous nous ruons sur le tout petit market, sauvés nous avons de l’eau ! Puis nous nous mettons en quête d’une bonne âme pour trouver un bivouac ou plus si affinité. Mais le village est vraiment désert. Le gars du market nous indique vaguement une direction où nous finissons par trouver un coin sympa à l’ombre pour le bivouac. On est presque surpris et indignés de ne pas avoir été invités !

Cette fois nous partons avec plus d’eau que la veille, environ cinq litres. Malgré les nombreux markets annoncés aujourd’hui, nous ne voulons pas prendre de risque. La sensation d’hier, gourdes vides, assoiffés, dépendants d’un market potentiel dans dix kilomètres, n’était pas très agréable. Toujours de beaux paysages, et peu avant notre étape de Kirkkuyu, ça devient quasi désertique. Arrivé à destination, nous faisons plusieurs tours du village, sans rencontrer âme qui vive. On se dit qu’en restant près de la mosquée, on finira par tomber sur un bon musulman qui va faire sa prière. Une heure plus tard, enfin l’appel du Muezzin retentit, et encore bien vingt minute plus tard, ça marche ! Nous alpaguons quelques fidèles, ils nous indiquent une espèce d’espace vert clôturé que l’on avait repéré sans oser y entrer. En prime, il y a de l’eau et des toilettes ! Pendant que nous montons la tente, un des hommes revient avec sa femme pour nous offrir à manger des succulents beignets aux légumes, de l’eau et des biscuits. Puis, alors que nous installons les matelas, un autre homme arrive et nous demande de le suivre. Il ouvre le bâtiment au milieu du parc et nous dit qu’on peut s’y installer. Il y a une grande pièce avec deux canapés-lit, une cuisine, et il y fait frais. Même si cela devient plus compliqué, l’incroyable hospitalité turque est toujours là



Nous atteignons un site assez connu en Turquie, le Tuz Gölü qui signifie lac salé. C’est le deuxième plus grand lac de Turquie, en hiver. Car en été l’eau s’évapore presque complètement, laissant apparaître une épaisse couche de sel. 70% du sel consommé en Turquie vient d’ici. Nous faisons quelques tours de roue sur le lac. C’est marrant, ça s’enfonce un peu mais on peut rouler sans trop patiner. Le lac est vraiment immense et comme on peut s’en douter c’est très lumineux. Juste avant, nous passons devant un site de pierres levées.
Depuis quelques jours, un nouvel ami s’est invité dans notre périple, le soleil. Ça cogne dur maintenant, et il n’y a pas beaucoup d’ombre dans ces grandes étendues. Heureusement dès qu’il y a un peu d’air ça va mieux, car il est encore frais. Je n’ose imaginer en plein été. C’est pour le pique-nique finalement que c’est le plus gênant. Alors nous essayons de trouver une gargote dans les petites villes que nous traversons. En fin de journée nous sommes un peu cuits car nous ne sommes pas encore accoutumés à ces conditions. A peine une semaine en arrière, nous fuyions la pluie et le froid.
Que se passe-t-il ? Cela fait deux soirs que nous ne sommes pas invités, réduits à bivouaquer ! On s’est très vite habitués à l’hospitalité turque. Les deux fois nous avons choisi des jardins d’enfants présents dans tous les villages. Nous préférons les villages car on y trouve de la verdure des arbres et de l’eau, plus la possibilité de se faire inviter ! Dans la campagne, il n’y a pas d’ombre, on cuirait en attendant la nuit. Pour nous laver, nous remplissons la vache à eau, soit dans les fontaines assez nombreuses, soit à proximité des mosquées où il y a toujours un point d’eau pour les ablutions. Pour prendre une douche sans être vu, j’essaye de fixer le tapis de sol qui, nous sert pour les pique-niques, autour de l’arbre qui supporte la vache à eau. C’est parfois un peu sport, mais ca fait trop de bien après une journée sous le soleil. L’inconvénient des villages est le bruit, de deux natures, les chiens très bavards la nuit et les muezzin qui braillent maintenant à quatre heures et demi le matin ! Ce matin nous avons vu arriver des enfants toujours plus nombreux. En fait nous avons bivouaqué dans une école primaire ! Nous avons papoté avec les institutrices, très intéressées par notre histoire. Les cours commencent toujours par l’hymne national chanté au garde à vous devant le buste d’Atatürk. Les institutrices nous ont demandé de nous mettre au garde à vous nous aussi. Nous nous sommes donc exécutés.
Puis par une chaude journée, nous rejoignons Göreme en Cappadoce, un des sites les plus emblématique et touristique de Turquie. Nous en avons eu un petit aperçu avant d’arriver, c’est vraiment un spectacle incroyable et unique. Cela fait huit jours que nous pédalons non stop avec pas mal de bivouacs, et surtout la chaleur nous fatigue. Nous sommes arrivés complètement cuits. Nous allons nous arrêter au moins deux jours voire plus pour nous requinquer. Si vous voulez voir des photos de ce site unique, ne manquez pas notre prochain article. En voici juste un aperçu.
Paysages désertiques incroyables ! C’est vraiment joli. Pour l’hospitalité turque, je vois que vous êtes devenus exigeants ! Vous n’allez tout de même pas engueuler les gens qui ne vous invitent pas ?!?
J’aurais bien voulu vous voir au garde à vous !
On attend la suite, plus vallonnée je suppose !
Magnifique !!!!
👏👏👏👏
Et la pov Doum fait de la peine avec sa voix toute cassée !!
😘😘😘😘
Ah quel périple ! Je ne connais pas la Turquie et vos expériences humaines donnent envie à découvrir.
Je vous envoie un vent de fraîcheur pour accompagner ces chaleureux kilomètres.
Merci pour ces nouvelles aventures et paysages gigantesques. Prenez soin de vous bise
A vous lire à nouveau
Bonjour Dominique !
Vraiment impressionnés par votre aventure : l’organisation, la forme physique, les photos, le récit … l’accueil des gens …
En camping-car il y a qq années la traversée de la Turquie nous avait semblé interminable, alors à vélo …
Bonne suite !!
Waouh … quels paysages grandioses !
Je mets l’Anatolie dans ma To do list de voyages 😉 mais pas à vélo pour moi 😋😂
Bon courage à Doum qui n’aime pas trop la chaleur pour pédaler…
Waouh … quels paysages grandioses !
Je mets l’Anatolie dans ma To do list de voyages 😉 mais pas à vélo pour moi 😋😂
Les photos sur le lac me rappellent le salar d’Uyuni en Bolivie : trop beau 😍
Bon courage à Doum qui n’aime pas trop la chaleur pour pédaler…
Toujours aussi plaisant de vous suivre bien assis dans son fauteuil 😋