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L’hospitalité turque

    L’hospitalité turque

    17 mai 2025

    Dès le premier jour, la Turquie confirme sa réputation de pays très accueillant, selon les récits de voyages que j’ai pu lire. Comme en Albanie, les automobilistes nous saluent et nous encouragent à grands coups de klaxon. Près d’un village paumé nous voyons une grande concentrations de voitures et des gens arriver de toutes parts. Il y a de la musique, les familles installent des barbecues, certains se mettent à danser, c’est très joyeux. Très vite un automobiliste nous parle en turc, nous comprenons qu’il s’agit d’un festival et nous invite à le suivre pour venir manger les meilleurs koftes. Comme nous n’étions qu’au début de la journée, bêtement nous déclinons. Nous aurions dû les suivre ça aurait été marrant, il faut que l’on prenne l’habitude de changer nos plans si de telles situations se reproduisent. Par contre, la conversation aurait été compliquée puisqu’ils ne parlent rien d’autre que le turc. Autre exemple, le soir nous arrivons sur ce qui devait être un camping fermé dans une pinède en bord de mer. En fait pas de camping, mais un espace où les familles viennent le week-end pour faire des grands pique-niques avec barbecue. Le temps de chercher un emplacement pour notre tente, un homme est venu nous offrir deux sandwichs avec de la bonne viande grillée. Trop sympa ! Je suis à mon tour allé les voir et leur proposer mes quelques biscuits. Encore fois, la communication n’était pas simple, de plus peut-être parce qu’ils étaient plus jeunes, pas plus de trente ans, ils étaient intimidés ! Une belle journée qui se termine au bord de la mer pas loin du détroit des Dardanelles, que nous passerons demain pour arriver en Asie.

    On attaque très vite les pistes
    Notre bivouac
    au bord de la mer

    Et maintenant, à la demande de Doum, un petit paragraphe sur les vaches. Oui les vaches, que nous ne voyons plus dans les champs depuis les plaines de l’Italie et des balkans. On ne les aperçoit plus que enfermées dans des bâtiments clos, les pauvres. En Turquie pour la première fois, nous les voyons gambader à l’air libre dans les champs, ça fait plaisir à voir !

    Des vaches heureuses
    Ca n’a rien à voir, mais une mosquée traînait par là

    Nous passons encore une belle journée à cheminer dans la campagne avec beaucoup de pistes plus ou moins roulantes. Nous surplombons le détroit des Dardanelles, pendant un bon moment, c’est très beau. Puis nous arrivons à Gelibolu (j’aime bien prononcer ce nom) pour prendre le ferry qui nous amène de l’autre côté en Asie. C’est marrant de se dire que nous sommes allés en Asie à vélo. Ce soir nous n’avons encore rien de prévu, alors nous allons tenter le coup de la place du village. C’est ce que nous ont conseillé d’autres voyageurs. Donc, lorsque la journée se termine on vise un village, puis la place centrale où les hommes sont en train de boire le chay. On leur demande s’ils savent où trouver un coin pour dormir avec la tente. Normalement, soit ils trouvent quelqu’un pour nous héberger, soit un bon coin pour la tente. C’est exactement le scénario qui s’est passé dans le tout petit village de Sahinli. D’abord, on nous invite à boire le chay, puis un des gars nous dit qu’il va nous trouver quelque chose. On papote via le traducteur Google, puis il nous amène au bout du village sur un terrain plat bien abrité, près d’un bâtiment communal abandonné, où nous trouvons une table et des chaises, royal ! Et dans la soirée, deux jeunes hommes viennent nous offrir des cerises fraîchement cueillies.

    Le chay est un thé noir turc. Il est préparé à la mode russe avec un samovar. D’un côté le thé concentré, de l’autre l’eau chaude. Chacun dose le thé à sa convenance, et ça mijote en permanence. On y a pris goût, on en consomme tous les jours.

    Avant de passer par là, je n’aurais pas su localiser le détroit des Dardanelles et encore moins dire quel fait historique y était attaché. Alors un rappel pour les ignorants comme moi. Ce détroit est la première porte pour passer de la Méditerranée à la mer Noire. Plus précisément de la mer Egée, à la mer de Marmara. La seconde porte étant le détroit du Bosphore à Istambul entre la mer de Marmara et la mer Noire. Et la bataille des Dardanelles est un affrontement de la première guerre mondiale entre l’Empire ottoman et les troupes britanniques et françaises qui dure pas loin d’un an. Les ottomans sont victorieux, cela devient un des actes fondateur de la nation turque.

    Le détroit des Dardanelles
    Les petits markets où nous faisons nos courses
    Une porte d’entrée discrète
    Sur le ferry
    Notre bivouac à Sahinli

    Je ne pensais pas qu’il m’arriverait de passer une soirée à me marrer avec un imam. C’est pourtant ce qu’il s’est passé ce soir ! A Biga nous avions un warmshower, en fait le fils anglophone le gère pour son père, Habil, non anglophone. On a vite vu que le Habil était d’un naturel joyeux et jovial. Un peu avant cinq heure, il me demande si je veux l’accompagner à la mosquée pour la prière. Il me dit qu’il me présentera comme son ami et qu’il n’y aura pas de problème. Nous voilà partis à la mosquée, je serre la main des quelques fidèles, et je m’assois pour regarder l’office. Après ses ablutions, je vois mon Habil arriver avec un vêtement et un tarbouch noir et or, en fait c’est l’imam du village ! Nous rentrons ensuite préparer le repas et vraiment le courant passe entre nous. Quand le fils Omer arrive, on est en train de se bidonner tous les trois. Pourtant tout se passe avec Google translate, mais parfois, on se comprend sans. Le repas est vraiment super bon et la soirée continue sur cette lancée.

    Mon nouvel ami
    Habil et son fils

    Dans la journée, je m’arrête dans un petit village pour attendre Doum à un carrefour, tout de suite, un homme nous invite à prendre un chay, ses copains vont chercher des petits gâteaux, au moment de partir, ils nous donnent deux bouteilles d’eau pour la route, impossible de refuser et encore moins de payer. Tout ça pour le plaisir de partager un moment avec des étrangers. Incroyable hospitalité turque !

    Un petit chay en route
    Une vieille bicoque
    Sur la route
    de Gönen

    J’ai l’impression que je vais passer mon temps à raconter des anecdotes sur l’extrême gentillesse des turcs. Une petite dernière : nous avons une longue étape de plaine pour aller de Gönen à Karacabey, grandes lignes droites, paysage monotone, on est en mode vélo d’appartement. Je me dis qu’on aurait dû commencer par la gare d’autobus ce matin pour voir s’ils prennent les vélos. Puis au bout de deux heures, nous décidons de tenter notre chance. Dans un gros village, il est censé y avoir une gare routière. Nous voyons plein d’autobus, mais trop petits pour prendre des vélos. Alors on se dit pourquoi ne pas tenter le coup de la place du village. Hop avec mon Google translate en bandoulière, j’avise des hommes en train de siroter leur chay, ils me confirment que ce ne sera pas possible avec ces minibus. Puis un des gars nous invite à prendre un chay. Nous savons maintenant que c’est bon signe, nous ne savons pas encore quel tour de magie, il va nous inventer, mais ça sent bon. Après un coup de fil, il me dit que nous avons de la chance, son fils doit passer par ici avec sa camionnette dans deux heures, il pourra nous emmener. Deux heures, c’est le temps qu’il faut pour nous inviter chez lui pour déjeuner ! Nous voilà donc à partager le repas avec sa femme et ses employées agricoles, car il a une exploitation de plants de poivrons. Son fils arrive comme prévu, et nous papotons tout le voyage, cette fois-ci en anglais. Et encore, nous l’avons freiné, il était prêt à nous re-inviter à manger et nous faire visiter la région. C’est dingue, il a fallu pratiquement attendre la Turquie pour avoir des contacts avec les vrais gens, mais là on est gâtés !

    Notre sauveur Bulat et sa femme Dilek
    et son fils Şahan
    Notre hôtel un peu kitch
    et la vue du centre ville de Karacabey

    La prochaine étape est Bursa la troisième ville de Turquie où nous allons faire une pause. C’est encore une grosse étape avec du kilométrage, du dénivelé, et de la pluie prévue pour une bonne partie de la journée. Alors nous décidons d’expérimenter les bus. A la gare routière, on nous explique que pour les vélos, ça dépend du chauffeur et s’il y a de la place dans la soute, comme chez nous en fait. Nous tentons le bus de 9h15, mais le chauffeur ne veut pas, alors qu’il y a de la place. Arrive le bus suivant, et là j’enfourne les vélos sans rien demander, le chauffeur ne dit trop rien. On achète les billets et c’est parti ! C’est drôle, dans le bus il y a une hôtesse de l’air qui passe et propose des boissons, des biscuits. On se prend un petit chay. C’est compris dans le prix du billet, cinq euros par personne. Nous voilà arrivés à la gare routière de Bursa, et là je fais la grosse boulette. Nous déchargeons les vélos, nous repartons, le bus aussi. Et Doum se rend compte que n’ai pas ma sacoche de guidon avec passeport, carte bleue, etc. Je sprinte vers la gare routière et j’essaye d’expliquer ça au guichet de la compagnie. On est mal ! J’ai la chance de tomber sur un chef qui parle anglais et qui a l’air compétent. A un moment j’ai l’impression qu’un miracle se produit. Le chauffeur aurait laissé un bagage abandonné à la sortie de la gare, on y va avec un employé, mais en fait, ce n’est pas ça du tout. Il faut attendre que le bus revienne, car par chance il fait une boucle. Il est censé revenir à 12h30, puis 13h, puis 14h, puis 14h15. Je me dit que ce voyage va devenir compliqué si je dois trouver un consulat pour refaire un passeport, annuler la carte bleue etc. Et miracle à 14h30 le bus revient avec ma sacoche intacte ! Le voyage va pouvoir continuer.

    Dans la soute
    4 heures à attendre ma sacoche

    Bursa est une grosse ville très dynamique avec une activité industrielle importante notamment automobile. La population a le plus haut niveau d’éducation de Turquie. Le centre est agréable avec une grande mosquée et un immense bazar. Beaucoup de verdure, de fontaines et de petites placettes où l’on sirote son chay avec des brioches ou des beureks. Peu de bâtiments anciens car la ville a été détruite par des tremblements de terre en 1855 et 1905. Dans le bazar, curieusement, la zone des joailliers est la plus grande. Ça me fait penser à la question de mon imam préféré : combien de colliers as-tu offert à ta femme quand vous vous êtes mariés. Ma réponse l’a fait mourir de rire. Un vélo et des skis lui ai-je dis.

    La cuisine turque est vraiment excellente, nous nous régalons tous les jours. Nous commençons par une chorba, une soupe généralement de poids chiche agrémentée d’épices, trop bonnes. Puis un tas de plats avec des légumes ou de la viande aux saveurs inhabituelles et variées. Même les salades sont originales pour nous, avec de la grenade, des raisins, et des graines inconnues. Même chose pour les pâtisseries, on ne sait pas trop ce que c’est, mais on se régale à chaque fois. Il faut choisir les petits restos locaux, meilleurs et moins chers, dix à quinze euros pour deux. En plus, en entrant nous choisissons les plats qui mijotent en vitrine, le temps de nous asseoir, nous sommes servis !

    On adore
    tous ces étals

    La météo s’annonce encore mauvaise, donc nous allons encore prendre un bus pour rejoindre le beau temps et nous approcher de la cappadoce. Sur les conseils de Chloé, qui connaît bien l’Ouzbékistan, nous avons prévu de faire un peu de tourisme là-bas. Il nous faut donc gagner quelques jours sur l’itinéraire prévu. C’est le moment où jamais.

    8 commentaires sur “L’hospitalité turque”

    1. Quelle chaleureuse lecture .. de tes récits nous recevons la joie et la générosité qui vous accueillent .. une belle humanité qui fait du bien
      Vous êtes radieux que ce chemin poursuive les bénéfices de cette cure de jouvence
      Bise à tous les 2

      1. Depuis le temps que tu nous parles de beureks, pourrait on avoir une photo ? Voire même la recette 😉
        Finalement vous allez prendre du poids en Turquie… entre les délicieux plats turcs et les bus à la place du pédalage 😂

    2. Et vois voilà tombés amoureux de la Turquie !!! Trop bien l’hospitalité et la cuisine et bientôt les paysages de la Capadoce. Attention les amis, faut avancer, y’a encore du chemin !! Ah ah !! En attendant, cela fait plaisir de vous voir bien profiter de tout ça ! Gros bisous du Cormet de Roseland ce jour 😉😘

    3. Ah ! je me demandais bien quelle catastrophe vous aviez frôlée, tout en sachant d’avance que si elle avait été frôlée, elle ne s’était pas réalisée. Alors oui, le coup de l’oubli de la sacoche, ça aurait pu être sacrément handicapant, mais il y a un bon dieu pour les étourdis ! et vous avez été bien chanceux ! Cool. Sympa toutes ces anecdotes et les photos !

    4. C est genial votre trip ! Vous allez faire le tour de la terre ou bien il y a un point d arrivée. Mes souvenirs culinaires de Turquie remontent à très très longtemps bien avant le PSAD et c était des sandwichs avec du soudjouk : Mes glandes salivaires se sont mises en route et aussi les maspins la version turque du calisson ! Ça donne envie d y aller votre récit. Continuez à nous faire voyager 😃

      1. Hello
        La totalité du voyage en cours est dans le blog sous l’onglet Pamir avec l’ensemble des pays traversés et un laïus sur l’objectif du voyage : le Tadjikistan.
        J’ai aussi fait un Polarsteps pour permettre à la famille de nous suivre au jour le jour 😊
        Découvrez mon voyage Vers l’Est jusqu’au Tadjikistan 🚲🚲🚲 sur https://www.polarsteps.com/DominiqueDEGOTTAL/16713227-vers-lest-jusquau-tadjikistan?s=53552871-b819-431c-b8dd-aca39ce45995

        Encore au boulot ou enfin la retraite ?

    5. Je viens de rattraper mon retard de lectures de vos aventures et vraiment j’ai passé un super moment ! Fantastique votre aventure et toute cette humanité, ces rencontres en Turquie tout plein de générosité ! Ça donne faim tout ça, les beaux étals et les noms des plats , ça fait carrément envie.
      Allez, bonne poursuite dans encore plus de dépaysement et de beauté !
      Chapeau à vous !

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