Monténégro et Albanie
27 avril 2025
Nous quittons Dubrovnik sous un bon soleil, par une petite route abandonnée surplombant la mer, avec de superbes points de vue. Il a juste fallu passer les vélos par dessus la glissière de sécurité quand nous avons rejoint la grande route actuelle. Dès que possible nous nous en sommes échappés par des petites routes à travers la campagne en traversant une réserve naturelle de biodiversité. Nous avons juste compris qu’il y avait des tortues … Nous finissons cette courte journée en rejoignant le Monténégro. Pour l’instant nous atterrissons dans une petite station balnéaire sans trop de charme. Ce pays doit son nom aux forêts sombres qui le recouvraient autrefois. On y parle le monténégrin. Si comme moi vous vous demandez quelle est la différence entre le monténégrin, le serbe, le croate et le bosnien, alors je vais vous le dire, il n’y en a pas ! Ces dénominations de langues sont justes politiques, il s’agit en fait d’une seule langue, le chtokavien méridional. Les linguistes l’appellent maintenant le BCMS, plus simple ! En fait il y a des petites différences de conjugaison et de déclinaison, mais tout le monde se comprend. Autre différence l’alphabet, certains utilisent le cyrillique d’autre le latin, voire les deux. Et pour en finir avec l’ex Yougoslavie, dans ces pays on distingue la citoyenneté (par le droit du sol les habitants sont ici tous monténégrins) et la nationalité ou ethnie (par le droit du sang, les habitants se déclarent monténégrins, serbe, albanais …) Mais ils peuvent très bien se déclarer monténégrins de langue serbe ou inversement. Ils sont fous ces Chtokaviens !

Aujourd’hui, une petite journée de tourisme dans les bouches de Kotor, une des plus belles baies du monde dixit Wikipedia. Heureusement la route du bord de mer qui nous mène à la ville de Kotor, au fond de la baie est toute petite, donc parfaite pour les vélos, nous pouvons apprécier le paysage. Dommage, avant que nous atteignions Kotor, un bateau de croisière énorme (neuf étages) arrive et déverse sa cargaison de touristes qui suivent leur guide avec chacun son numéro. C’est un peu l’émeute dans la vieille ville aux rues étroites. On commence à sentir l’influence ottomane, par exemple un petit bazar, comme il y en a beaucoup en Turquie. Et aussi nous retrouvons Anne-Marie qui fait un tour complet des bouches dans le sens inverse du notre. Demain nous devrions nous retrouver dans un camping après l’ascension de la route serpentine qui attaque la montagne pour monter à l’étage du dessus, mille mètres plus haut.



Désolé, pour bien voir cette petite vidéo il vous faudra soit pencher la tête, soit votre écran s’il n’est pas trop lourd. Je devais avoir un air penché ou perché quand j’ai filmé.
La route serpentine offre une vue incroyable sur la baie, c’est une petite route à la pente régulière, entre 4 et 5%, la température est idéale, elle passe comme une lettre à la poste ! Après nous rentrons plus au coeur du Monténégro pour atterrir dans un chouette petit camping au milieu de nulle part.

Nous rejoignons ensuite le lac Skadar par une petite route, parfois un peu défoncée, mais qui donne accès à des paysages grandioses. Le Monténégro est vraiment un beau pays, et les gens sont plutôt accueillants. Plusieurs fois des automobilistes nous ont demandé si nous avions besoin de quelque chose, de l’eau par exemple. Dommage que ce pays soit dirigé par la mafia et soit donc une plaque tournante du crime organisé. Nous ressentons les premières chaleurs aujourd’hui, c’est la première fois que nous cherchons un pique-nique à l’ombre.


Nous continuons de longer le grand lac de Skadar qui est frontalier avec l’Albanie, notre destination du jour. A ce propos cette frontière est l’objet d’un challenge. Nous avons deux options pour la passer. Un col supplémentaire qui rajoute son lot de dénivelé et kilomètre supplémentaire, ou un passage hasardeux par un chemin piéton, qui pourrait bien être transformé en une route en chantier, selon ce que me dit internet. Bien sûr je propose la solution hasardeuse, qui est acceptée. Nous nous engageons donc sur une petite route très belle, en surplomb du lac, puis à la place du chemin piéton, surgit une belle route toute neuve côté Monténégro. Au niveau exact de la frontière, la route se transforme en une grosse piste bâclée avec des grosses pierres, puis arrive le chantier. Problème, il y a une sorte de pont en construction avec un trou. Ça sent le demi-tour. Mais en regardant de plus près il y a peut-être moyen de faire passer les vélos en hors piste pour passer de l’autre côté. Ça passe, maintenant il ne faudrait pas que quelqu’un nous dise que le passage est interdit. En fait les personnes du chantier nous recommandent juste de faire attention à ne pas abîmer nos pneus. Ouf ! Nous voilà en Albanie, on a gagné 400m de dénivelé et 30 kilomètres.

En arrivant à Shkoder notre étape, nous changeons de monde. Nous ne sommes pas très loin d’une entrée dans Marrakech, les voitures garées en double file, les piétons qui traversent sans trop regarder, on ne serait pas surpris de voir une charrette tirée par un âne. Des échoppes minuscules un peu partout, des vendeurs de légumes ambulants sur les trottoirs. Mais tout ça est assez calme et nonchalant, les automobilistes sont plutôt respectueux. Notre appartement au centre est assez étonnant, vraiment miteux dehors, tout neuf et très bien aménagé à l’intérieur.


Le pays est à 60% musulman, le reste catholique, orthodoxe et d’autres religions. Anne-Marie a entendu le chant du Muezzin ce matin. Par contre nous voyons très peu de femmes voilées dans la rue, il faut noter que les chrétiens sont présents en majorité dans le nord, où nous nous trouvons. Shkoder est une petite ville, il n’y a pas beaucoup de choses à voir, mais nous prenons le pouls de ce pays un peu différent et nous en profitons pour bien nous reposer. Le soir nous trouvons un restaurant de spécialités albanaises, nous nous régalons de poivron farci, salade grecque, ragoût de légume, riz au fromage pour onze euros en tout !

Nos routes se séparent avec Anne-Marie qui continue son tour des balkans, alors que nous filons vers l’est pour rejoindre bientôt la Macédoine et la Grèce. C’était un petit trio bien sympa, nous retrouvons notre formation habituelle en duo. L’étape du jour est assez plate, ce qui est plutôt rare dans la région, nous en profitons pour allonger la distance. Nous nous enfonçons dans la campagne profonde, on sent rapidement que le pays n’a pas suivi le même développement que le reste de l’Europe, c’est un des plus pauvre, mais nous sentons aussi que ça évolue. Le très délabré cotoie le rénové ou neuf. Les albanais sont vraiment très chaleureux et accueillants, à part les plus vieux sur leur cannes qui nous dévisagent comme s’ils voyaient des martiens, tous les autres, piétons, cyclistes, automobilistes nous font des signes, nous disent bonjour, nous encouragent. Ils engagent spontanément la conversation dans un bon anglais et sont contents de nous voir. J’ai même fait la papote en roulant avec des gamins sur leur vélos, une dizaine d’année et ils se débrouillaient déjà bien en anglais. Je leur ai demandé de m’apprendre quelques mots de leur langue pas facile, que notre Google translate ne maîtrise pas bien … Je sens que vais adorer ce pays. Par contre, côté gestion des déchets ce n’est pas mieux que les pays voisins. Curieusement nous voyons plus souvent des bennes à ordure, mais elles ne doivent pas être souvent vidées, ou alors les albanais ont du mal à viser dedans, car ça ressemble toujours à une décharge, en plus de toutes les décharges sauvages.
Nous continuons à nous enfoncer dans l’Albanie profonde, les routes sont vraiment défoncées. Les fermes que nous croisons ont l’air assez pauvre, quelques arpents cultivés, une ou deux vaches, quelques chèvres, trois poules et c’est tout. Au vu des réservoirs qui surplombent la plupart des maisons en dehors des villages, on en conclut qu’ils n’ont pas l’eau courante. Et les albanais sont toujours aussi chaleureux, je ne sais pas si c’est parce que nous avons des bonnes montées aujourd’hui et qu’en plus nous nous prenons quelques rincées, mais tout le monde nous klaxonne et nous acclame, on se croirait parfois sur le tour de France ! Ce matin au petit déjeuner de notre hôtel nous avons eu du chai. Très bien mais il était salé ?!? Très surprenant, nous ne savons pas si c’est une habitude locale (rien vu sur internet) ou simplement que la patronne a confondu sel et sucre …

Déjà notre dernier jour en Albanie, ces pays des balkans ne sont pas très grands et se traversent rapidement. Nous avons pris un peu de hauteur et nous apercevons un peu de neige sur les sommets. Très beaux paysages montagneux et sous le soleil.
Depuis notre départ, nous avons bien dépassé les 2000 km et les 20 000 m de dénivelé. Jusque là les mécaniques et les vieilles carcasses tiennent bon. Nous allons regretter ce pays et la gentillesse de ses habitants. Nous allons voir maintenant ce que nous réservent la Macédoine et bientôt la Grèce.
Hello, mine de rien, je suis les articles, donc je le signale ! Ça va finir par me faire envie ;-), profitez-bien, bises.
Bravo les amis, vous êtes épatants. Un grand merci pour prendre le temps de nous partager ces photos vos aventures et un peu d histoire et culture locale.
A vous suivre .. bientôt
Les paysages sont magnifiques ! vous devez vraiment vous régaler ! C’est bien, on a la presse quotidienne avec polarstep et la presse hebdomadaire avec ce blog. C’est très complémentaire, bravo. (Bravo aussi pour les 20 000 km de dénivelé !). Très instructif le passage sur le chokavien, mais que signifie BCMS ?
Et pour les 40 s de la vidéo de route serpentine, ça correspond à quelle durée en vrai ?
Petite question pratique, quand vous louez une chambre, vous le faites avant sur internet ou sur place au pied levé ?
Et le drone, il est rentré avec Chloé ?
BCMS : Bosnien, croate, montenegrin, serbe
Pour le film en accéléré c’est x6 j’ai bien du filmer pendant 4 mn. Chloé est rentrée avec mon drone et j’ai récupéré sa Gopro que je peux fixer sur mon casque. C’est pour ça que lorsque mon casque n’est pas bien droit, ça filme de travers.
Pour les résas ça varie de plusieurs jours à la veille. Plus on le fait en avance, plus on est contraints.