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Pamir – Epilogue

    Pamir – Epilogue

    16 août 2025

    Vous êtes nombreux à m’avoir demandé de décrire la toute dernière étape du voyage, donc voici l’épilogue. Je commence par ma petite personne, des nouvelles de Christian, puis l’épopée du vélo.

    Je passe donc cinq jours à Khorug avec mes perfusions d’antibiotiques russes. Heureusement dans l’auberge de Zandyia, je croise des voyageurs avec qui je passe pas mal de temps à papoter. Un canadien dont je n’ai plus le nom qui fait des treks en solitaire dans les montagnes environnantes. Il m’explique que tant qu’il y a des bergers et des moutons, il y a des chemins. Au delà, en général au dessus de 5000 m, il navigue en hors piste. Au cours de nos discussions, je suis surpris de sa très bonne connaissance de la région et de son histoire. En fait il a fait un PhD sur les pays d’Asie centrale et il parle Tadjik ! Je croise aussi un jeune couple d’hollandais très sympas qui s’accordent deux jours de repos à Khorug. Ils sont partis depuis huit mois, encore quatre mois avant de rentrer dans leur plat pays. Puis je croise Bérénice, retenez son nom, qui fait aussi des treks en solitaire dans les montagnes, rien que ça ! Au retour d’une de ses virées, elle est malade, je lui donne un peu de mes médicaments, elle passe quasiment une journée à dormir puis ça va mieux. Il se trouve qu’elle doit retourner à Dushanbé pour rejoindre un autre site de trekking en même temps que moi. Nous faisons donc la route ensemble dans le taxi.

    L’auberge de Zandayia
    à Khorug

    Douze heures sont prévues pour les 600 km qui nous séparent de Dushanbé, nous mettrons finalement quinze heures. En chemin, je me demande à quel moment j’ai le plus risqué ma vie, la vessie pleine à la recherche d’une sonde, ou lors de ce voyage. Sur la piste ça va encore, mais sur routes goudronnées et la nuit, les conducteurs tadjiks sont des grands malades. C’est un passage en revue de toutes les imprudences possibles sur route. Rien ne peut empêcher de doubler un camion ou un 4×4 qui va à peine moins vite. Un virage, une côte, d’autres véhicules qui arrivent en face, aucun problème, si tout le monde y met du sien ça doit passer. Par miracle on est toujours passé. Pendant les pauses je discute avec Bérénice, je lui fais part de mon inquiétude pour le rapatriement de mon vélo en France, car à ce moment je sais qu’il n’est plus possible que je le récupère avant mon vol prévu par Maaf Assistance. Spontanément, elle me propose de s’en occuper lors de son retour à Paris le douze août, si je n’ai pas trouvé de solution d’ici là. Je la remercie mais la préviens que ce n’est pas un cadeau, car il faut trouver un carton, démonter une partie du vélo, l’emballer, le trimballer jusqu’à l’aéroport, prévoir un supplément bagage encombrant, etc. Mais ça n’a pas l’air de lui poser de problème. C’est vrai que lorsqu’on fait des treks en solitaire dans les montagnes perdues du Pamir, s’occuper du rapatriement d’un vélo ne fait pas peur.

    Le Green house hostel à Dushanbé

    Me voila donc parti pour un vol de retour, en classe affaire ! C’est le grand luxe, de la place partout, les fauteuils quasi en couchette, très bon repas, les hôtesses aux petits soins, le contraste avec les bivouacs récents est saisissant. Ca y est, je suis de retour en France après plus de quatre mois de voyage. En arrivant, je suis surpris par le niveau de verdure, la végétation partout. Gros contraste avec le paysage du Pamir essentiellement minéral. Je suis bien content de retrouver la petite famille, les amis. Et aussi la nourriture. Ah, un bon fromage avec du bon pain !

    Petit épisode médical : ce qui m’arrive est très courant chez les hommes de mon âge. Un pincement de l’urêtre qui freine et peut bloquer la vidange de la vessie. La décision est prise rapidement, il faut opérer pour raboter ce pincement. Apparemment une opération bénigne avec faible risque de séquelle. Opération prévue mi septembre, il va falloir que je garde une sonde jusque là. Pas le plus agréable mais ce n’est pas douloureux. Plus de vélo mais je peux randonner à pied, à condition que j’y aille doucement en descente. Donc je vais bien, il faut juste que je garde patience.

    Et que devient Christian ? D’abord inquiet de ne pas avoir de mes nouvelles, Christian est resté cinq jours à l’endroit de notre bivouac sous la tente, sans internet, ni téléphone. Pourtant, comme convenu, par l’intermédiaire de Zandyia, j’avais missionné deux messagers, un pour l’informer que j’allais bien et qu’il pouvait repartir, l’autre pour récupérer mon vélo. Mais pour une raison encore inconnue, aucun des deux n’est passé. Au bout de cinq jours Christian repart en stop avec mon vélo et mes sacoches jusqu’à notre précédent homestay à Langar où il y a un peu de réseau. En fait mon vélo a son antivol et Christian ne sait pas que la clé est planquée dans une sacoches. Il arrive enfin à me joindre, et rassuré sur mon sort, il peut enfin repartir. Il se charge juste de demander au patron du homestay de trouver un taxi pour envoyer mon vélo et sacoches à Khorug chez Zandayia. Christian est reparti seul, mais est resté sur la route principale, sans prendre les vallées sauvages que nous avions prévues tous les deux en autonomie de nourriture. Il a franchi tous les cols prévus à plus de 4000, est passé au Kirghizistan, et prévoit de terminer son périple à Almaty au Kazakhstan.

    Christian
    au Kirgizistan

    Maintenant l’épopée du vélo racontée par le principal intéressé. Après cinq jours d’abandon en pleine montagne, aucun messager n’est passé pour me ramener à mon propriétaire. Il doit me croire perdu corps et biens, certainement dérobé par un voleur de vélo, bien que ce ne soit pas la mentalité de la région. Lorsqu’enfin Christian arrive à contacter mon propriétaire, on va peut-être enfin s’occuper de moi. Il me reste encore de la route à faire pour rentrer à la maison : Khorug, Dushanbé, Paris via Tashkent puis Saint Ismier. La première étape, ne se passe pas comme prévu, il faut que Zandyia recontacte la homestay de Langar pour je puisse arriver à Khorug. Puis Zandyia se charge de m’acheminer en taxi jusqu’au Green House hôtel à Dushanbé. Là, je dois attendre le retour de Bérénice qui est toujours d’accord pour s’occuper de moi sinon j’aurais encore moisi des mois dans un recoin de l’hôtel. Pas sûr que mon proprio ait fait l’aller-retour à Dushanbé pour me ramener. Voici un message de Bérénice qui le tient au courant de l’étape démontage-emballage « On a du s’y mettre à 4 avec deux gros russes et un grand australien pour démonter la pédale droite. Un américain, un canadien et un afghan m’ont aidée pour le reste: tout est en boite ! » Ca m’a un peu chatouillé la pédale droite, mais je vais avoir un emballage de classe internationale ! Reste l’étape de l’aéroport. Il subsiste toujours un doute sur le fait que la compagnie accepte un gros bagage (qui est gros ici ?) encombrant supplémentaire, car sur Ouzbekistan Airlines, il est impossible de commander à distance le supplément. Mais tout se passe bien, je suis embarqué dans mon carton. Mon proprio n’a plus qu’à faire un aller-retour à Roissy pour me réceptionner ainsi que Bérénice. 600 km plus tard, je suis enfin de retour à la maison au frais dans mon garage, alors que j’avais cru être perdu un moment. Les russes, américains, australiens, canadiens et afghans et surtout Bérénice ont bien travaillé, j’arrive en parfait état après ce long périple. Nous sommes vraiment très reconnaissants à Bérénice de s’être si gentiment et efficacement occupée de moi.

    Le vélo enfin arrivé à Khorug
    Dans l’aéroport de Dushanbé
    Bérénice

    Bérénice, si tu lis ces lignes, tu sais que tu seras toujours la bienvenue à la maison. J’ai maintenant dans la tête l’envie de terminer ce voyage l’année prochaine, j’ai un an pour réfléchir à un nouvel itinéraire.

    15 commentaires sur “Pamir – Epilogue”

    1. Wow ça fait peur tout ça !
      En plus, un vélo qui parle, et même qui écrit, c’est impressionnant.
      En plus, peut-être un voyage l’année prochaine !!!

    2. Et ben ! Même si je connaissais l’histoire (sauf la version du vélo), c’est toujours captivant ! Franchement, merci et bravo à tous ceux qui ont permis, d’une manière ou d’une autre, cette fin heureuse ! les Christian, Zendayia, Bérénice, les tadjiks, australiens, russes, américains, allemands, etc. et Doum à distance !
      Ça fait plaisir de savoir que ce genre d’entraide est toujours possible !

    3. Nous serons de tout coeur avec toi pour ce futur projet l’an prochain pour être
      « finisher » ;-)) . Plein de rêves en attendant !! Bises et à bientôt pour le plateau du Pamir « saison 2 » !! Ah ah !

    4. Waouh … Quelle aventure !!!!
      Pour toi Hervé pour Christian et pour ton vélo ! Et tout se termine bien pour tout le monde, c’est top !
      Très sympa et très forte cette Bérénice 😉

    5. Je reste sans mot car j’ai suivi ce périple si bien argumenté. Merci Hervé et Doum pour ces belles photos. Un grand bravo à tous les deux et bien contente que tout se termine bien.
      Bises

    6. Quelle belle chaine d’entraide! Mention toute particulière au vélo qui écrit… et surtout à Berenice pour l’aide apportée…. et pour le périple à vélo! Bravo…
      Quant aux projets de l’année prochaine… tu penses à quelqu’un pour t’accompagner ????? Bises

    7. Merci pour ces nouvelles rassurantes !
      C’est marrant Ronan (mon garçon) est arrivé mercredi au Kirghizistan avec ça compagne 😉 l’endroit est à la mode chez les chercheurs d’aventure 😉

    8. Très bien écrit cet épilogue (Doum était à la relecture ?), quelle aventure et quelle chaine de solidarité , ça fait chaud au coeur !!
      Il parait que tu es monté à pied au grand colon avec ta sonde 💪🏽
      On ne se refait pas 🤣

    9. Quelle plume et bravo pour la formation du vélo écrivain ! Il est vrai que vous avez passé quelques heures ensemble, le temps de faire des échanges de compétences. Juste une petite question pour le bac-3 que je suis: c’est quoi un PhD?

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