Turquie – Fin de la traversée
17 juin 2025
Nous voilà pour une journée de repos à Bayburt, une jolie et très vieille ville fondée en 3000 avant notre ère. Sur la route de la soie, elle relie l’Anatolie orientale à la mer noire. Elle est surplombée par le Château de Bayburt (Bayburt Kalesi), dont il ne reste plus que les murailles. Avant d’être sous le contrôle des Turcs, le château était dominé par les Romains, les Byzantins et les Arabes. Depuis sa période Seldjoukide au XIIe siècle, ses murs ont la particularité d’être décorés de carreaux de couleur turquoise, violet, bleu ciel, vert et de différents motifs. Les allées qui longent la rivière Coruh incitent à la promenade ou à la dégustation d’un chay, bien au frais.







Comme prévu, pour éviter les autoroutes, nous prenons le bus pour Erzurum, une grande ville perchée à plus 1900 m d’altitude. De loin, elle a des airs de Grenoble, grande ville universitaire avec 40 000 étudiants, les montagnes et la station de ski juste au-dessus. Son climat est continental, -35° en hiver, plus de 30° en été.
Au départ de Bayburt, pendant que je négociais ferme avec le stewart qui ne voulait pas de vélos dans la soute, Doum a pu saisir une danse entre hommes sur le parking des bus. Nous n’avons aucune idée de la raison de cette petite cérémonie.
Dans la majorité des villes que nous traversons, nous avons l’impression que les banlieues poussent comme des champignons. Les chantiers sont nombreux à la périphérie et les quartiers sont souvent neufs. Bizarrement les gares d’autobus sont excentrées à une dizaine de kilomètres. Cette fois pour rejoindre le centre, nous avons du rebrousser chemin, la petite route que j’avais trouvée était bêtement traversée par un petit ruisseau.


Ce qui est marrant dans ce genre de voyage, c’est le gros contraste en terme de confort d’un jour à l’autre. Nous passons de quasi SDF à dormir sous la tente, avec les chiens qui rodent, en se douchant avec moins d’un litre d’eau, à des hôtels parfois pompeux comme celui-ci, bien que pas très cher.

Nous faisons les touristes, visite des madrassas, des mosquées, du château et d’une vieille maison turque typique transformée en musée par son propriétaire. Nous nous prêtons de bonne grâce au jeu des déguisements, car c’est amené gentiment. Comme beaucoup de cités de la région, elle a été aux mains d’une dizaine de puissances depuis l’empire byzantin jusqu’à nos jours. Donc Romains, Seldjoukides, Arabes, Safavides, Mongols, Ottomans, Russes principalement.
Et nous n’avons pas pu nous empêcher d’aller voir la station de ski de Palandoken au-dessus d’Erzurum. De 2200 a plus de 3100 mètres. C’est un peu rond et pelé, il n’y a plus trop d’arbre à cette altitude.
Pour les amateurs, je suis toujours surpris par toutes les Renault 12 et aussi les R9 en circulation dans tout le pays. Et un grand nombre sont encore en bon état. Etonnant pour un modèle qui est quand même sorti au tout début des années 70 ! Elles ont du être produites en Turquie pas mal d’années après l’arrêt de leur production en France.


Toujours pour éviter des autoroutes, nous rejoignons Kars en bus, la dernière grande ville avant la Géorgie. Comme pour les cités précédentes, les envahisseurs se sont succédés, mais les russes ont du rester un petit moment car, ils ont laissé des traces. Une église (transformée en mosquée), mais surtout plusieurs batiments de la ville sont typiquement russes. En pierre et au style massif. Rien à voir avec les maisons turques plus légères. La météo nous joue des tours, depuis Bayburt nous prolongeons nos étapes, pour attendre la fin de l’épisode pluvieux, mais celui-ci se décale sans cesse. Tant pis, nous partirons demain, au risque de nous faire mouiller, mais le temps passe et aussi bizarre que ça puisse paraître, nous sommes en manque de nos journées de vélo.

Comme prévu nous repartons malgré une météo incertaine. La veille nous avons essuyé un orage si violent, que notre chambre a été inondée. Nous espérons ne pas en subir de tels sur notre vélo car sur ces hauts plateaux, il n’y a pas d’abri. Finalement nous rejoindrons notre étape Arpacay au sec, mais c’était très menaçant une partie de la journée et l’orage a éclaté moins d’une minute après notre arrivée. Le timing était bon mais juste.
Nous partons pour notre dernière journée de vélo en Turquie. Le paysage a un peu changé, il a parfois des airs de bout du monde avec cet éclairage un peu sombre. C’est bien vert, il ne fait pas très chaud car nous sommes toujours en altitude autour de 2000 mètres. La région semble assez pauvre, probablement à majorité kurde. D’ailleurs, nous ne savons pas comment distinguer les kurdes des autres turcs. Souvent les habitants, stockent des petits pavés qui ressemblent à de la bouse séchée. Nous supposons que cela leur sert à se chauffer. Pratiquement toute la journée, nous avons un fort vent de face, les kilomètres défilent tout doucement, mais la route qui longe le lac Çildir est très belle.



Nous arrivons au terme de notre traversée de la Turquie. Cela nous aura pris un mois, aidés par quelques bus. Nous avons beaucoup aimé ces paysages variés et grandiose, nous nous sommes régalés avec les beureks, tchorbas (soupes), köftes (boulettes de viande), mantis (petits raviolis), gözlemes (crêpes), pides (petites pizzas), sutlaç (riz au lait), baklava, künefe (dessert au fromage et au miel), mais surtout, jusqu’au bout, l’hospitalité et la gentillesse des personnes rencontrées auront été exceptionnelles. Habil, Omer, Duran, Bulat, Dilek, Shahan, Berna, Nejmitin, Hamza, Bulent et tous les autres, nous ne vous oublierons pas. Il va maintenant falloir s’habituer à un accueil plus normal ! Güle güle Turquie, Gamarjoba Géorgie.
Comme vous, nous voilà un peu tristes que vous quittiez cette Turquie dont les reportages nous ont ravis !
Même si votre voyage s’arrêtait là, ce serait déjà des souvenirs plein les yeux et dans les cœurs .
Mais non, ce n’est pas finit et les aventures de Doum et Hervé continuent, alors encore une fois bonne route cette fois-ci vers la Georgie !
Merci pour des derniers aperçus, ces magnifiques monuments, villages, paysages et cela fait plaisir de vous voir en pleine forme, heureux et … super les déguisements !!! Dépaysement total dans les lieux, la culture, les personnes rencontrées.
Bises à tous les deux et bon vent (qu’on vous souhaite un peu dans le dos bien sûr !)
Quel dépaysement, cette fois on a bien quitté l’Europe et on a l’impression de défricher un autre univers à vos côtés dans vos belles tenues un brin cocasses !! Mais brou…. ces photos avec un ciel si noir et si bas, intriguent sur un monde incertain.
Aussi, plaider pour un ciel plus serein sera une meilleure diversion…..
Des bises à vous deux
Les parents
Beau chapeau Hervé… Mais la robe de Dame Doum est vraiment très seyante 🙂
Vous nous en mettez plein les yeux.
Bises
Dominique
Très classe la Doum, on dirait une photo du début du XXe ! Bon, RV, tu y es allé mollo sur le déguisement, j’aurais bien aimé en voir plus !
Sinon, c’est toujours un plaisir de vous suivre. Les photos sont superbes, celles d’orages menaçant particulièrement !
Pour la ville de Bayburt fondée en 3000 avant notre ère, tu veux dire 3000 avant JC ou bien 1000 avant JC ? (Ok ok, je n’ai qu’à aller chercher sur le web…).
Sinon, pourquoi l’accueil serait plus normal en Géorgie ?
Bonnes questions !
Avant notre ère est une alternative à avant JC, pour ne pas faire référence à la religion. Donc c’est bien un synonyme.
Mais j’ai aussi re-regardé la date de création de Bayburt et j’ai vu que la version 3000 avant notre ère vient d’une IA ! Les autres sites disent qu’on ne sait pas et les estimation oscillent entre 800 et 100 avant notre ère. Mais plusieurs sites datent la création du château à 2000 avant notre ère. Tu sais tout sur Bayburt, mais je vais corriger l’article. Pas confiance dans l’IA 😉
Et pour l’accueil en Géorgie, on ne saura pas je pense, parce qu’il n’y a pas de mosquée où demander un coin pour la tente 😄. Mais surtout parce qu’on ne va probablement pas camper. Il fait 5° la nuit, pas Doum compatible.
Doum tu es très classe dans ton « déguisement » !
Avec ton châle sur les épaules aussi d’ailleurs 😉 Je reviens de Milan et dans toutes les églises, il fallait aussi avoir les épaules couvertes… et avec 36 degrés dehors j’avais mis ma petite robe sans manches 😂
Question pour Hervé : comment fais-tu pour négocier les vélos en soute dans le bus ? En anglais ? Par gestes ? J’aimerais bien assister 😉
Pour les vélos je ne négocie pas vraiment, j’enfourne les vélos quoi qu’en disent les stewarts. Dans l’article je fais référence à un cas où le bus était plein, il fallait bouger les valises pour rentrer les vélos, ce que ne voulait pas faire le stewart. Quand j’ouvrais la soute, il la refermait, jusqu’à ce qu’un chef arrive et lui dise de m’aider à rentrer nos vélos. Et hop !
Très sympa votre site : de magnifiques photos et plein d explications. Vous allez revenir musclés et pleins de connaissances 😁.
Hâte de voir la suite !