Un petit tour en Géorgie
27 juin 2025
Nous avons du mal à réaliser que nous avons atteint la Géorgie ! Pour la première fois nous avons subi un contrôle assez strict à la frontière. Trois fois j’ai du ouvrir mes sacoches, et côté Géorgie, les douaniers ont fouillé notre pharmacie à la recherche de produits stupéfiants. Ils n’ont rien trouvé, nous avons pu passer. Le contraste avec la Turquie est net, le pays est vraiment plus pauvre, les routes sont plus petites et complètement défoncées. Les premiers villages que nous traversons sont délabrés, à moitié abandonnés. Nous apprendrons plus tard qu’ils sont essentiellement peuplés d’arméniens pauvres et en effet en cours d’abandon. En rejoignant un plus grand axe qui mène à Tbilissi, la capitale, les villages sont en meilleur état. Par contre, les paysages sont toujours superbes.
Lors d’un précédent voyage en Géorgie, j’avais été frappé par le style de conduite des géorgiens : à fond et ne respectant à peu près aucune règle de base. J’avais le faible espoir que cela se soit amélioré, mais très vite nous avons compris que ce n’était pas du tout le cas. Il faut considérer que lorsque deux voitures se croisent en notre présence, notre vie est en danger et agir en conséquence, quitte à se jeter dans le ravin. Nous devons tenir quatre jours jusqu’à Tbilissi où le danger est maximum.

Hier nous avons rencontré un couple de jeunes allemands, Theresa et Joan qui décident de la route du jour au dernier moment. En discutant avec eux ils se disent que notre étape à Ninotsminda n’est pas une mauvaise idée. Et aussi qu’un hôtel pas cher, ça se défend. On se retrouve donc le soir et nous passons une très bonne soirée ensemble. On se reverra peut-être à Tbilissi, après ils rejoindront l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et pourquoi pas le Pamir.
Aujourd’hui, nous rejoignons Tsalka où nous allons faire une pause chez l’habitant dans une guesthouse. En fait les bus que nous avons pris récemment nous ont mis en avance sur planning prévu. Nous devons caser deux ou trois jours avant Tbilissi. C’est plus facile dans ce sens. Par chance notre route est moins fréquentée que celle d’hier, nous pouvons relâcher un peu notre attention et profiter du paysage superbe. A l’heure du pique-nique, nous croisons Nicolas, un lillois plutôt de notre âge. Nous l’invitons à partager notre abri dans une petite dépression derrière de gros rochers. En effet, il souffle un vent glacial, nous avons eu du mal à trouver le bon spot pour manger. Encore un moment sympa, à discuter en français, c’est rare ! Nous échangeons des bons tuyaux, sur Tbilissi de son côté, sur la Turquie du notre, car nos routes se croisent.


A Tsalka, nous sommes vraiment chez l’habitant dans une grande maison confortable. Le soir il faut mettre le chauffage. Apparemment, ce n’est pas le cas en France en ce moment ! Le petit déjeuner est typiquement géorgien, un peu surprenant pour nous, mais ça cale. Des œufs, du fromage qui ressemble à du lait caillé un peu vieux, du lait frais et de la graine, genre boulgour. Pour les autres repas par contre, nous nous régalons avec les spécialités emblématiques de la Géorgie, kachapuri (une sorte de pain au fromage et oeuf en option) et surtout khinkali (des gros raviolis avec viande et jus et une technique particulière pour récupérer le jus). Il existe beaucoup d’autres spécialités, mais nous ne sommes là que depuis deux jours.

Nous allons visiter le très beau canyon de Tsalka. Le site est exploité pour le tourisme avec un pont et un mirador au milieu du canyon. Nous descendons voir les chutes d’eau tout en bas. Bien sûr, tout ça est payant. Nous faisons donc notre boulot de touriste, nous ne sommes pas seul, la saison démarre doucement.
Le dernier soir à Tsalka, j’ai pu avoir une discussion intéressante avec notre logeur. Il a une trentaine d’années, études supérieures, il vient de lâcher un bon job dans la banque en ville. Les salaires sont vraiment très bas, il gagnait environ 400€ par mois. Même si le coût de la vie est très bas ici, il ne pouvait rien mettre de côté, il a préféré revenir dans sa région et sa famille pour vivre de différentes activités, tourisme, agriculture. Je l’ai questionné aussi sur l’opinion des géorgiens sur le choix Europe vs Russie. Réponse intéressante : ils préfèrent l’Europe, mais selon lui la majorité ne préfère rien changer par peur des conséquences, en se référant à ce qui se passe en Ukraine. Pour donner une idée du coût de la vie, une course de pique-nique dans un village me coûte à peu près un euro pour un kachapuri et un pirochkis (beignet de pomme de terre délicieux). Et avec ça je suis calé pour la journée car les parts sont copieuses.
Nous continuons de nous rapprocher de Tbilissi avec une petite étape pour rejoindre Manglisi où nous allons encore nous arrêter une journée. J’avais choisi ce coin car il y a un parc naturel, balades, monastère, site archéologique, pas mal d’hôtels, donc ça avait l’air d’être un site intéressant. En arrivant, nous sommes un peu surpris, c’est un peu paumé, pas un restaurant, ça n’a rien de touristique !
Nous explorons un peu les environs, c’est vraiment étrange, nous voyons bien que ce lieu a été exploité. Dans le parc, il y a des aménagements, des jeux, même une scène pour des spectacles, mais tout est abandonné, délabré. Le prolongement de notre rue est intéressant aussi. La plupart des maisons sont dans le même état d’abandon et de ruine, pourtant une bonne partie sont encore habitées. Au milieu, quelques maisons récentes en bon état et aussi des petits immeubles dont la construction a été interrompue. Que s’est-il passé ici ? Pas trouvé la réponse sur internet. Ces maisons ont l’air d’être des datchas russes, peut-être était-ce un lieu de villégiature soviétique, abandonné.


Nous avons visité la cathédrale Manglisi Sioni datant du Ve siècle, berceau du christianisme en Géorgie. Elle abrite une icône miraculeuse de la vierge Marie. De nombreux visiteurs faisaient leurs dévotions en embrassant les murs de la cathédrale ou la petite croix à l’entrée. Nous finissons par une petite balade dans le parc naturel national d’Algeti.

Ça y est, nous sommes à Tbilissi ! Une étape importante de notre voyage. Nous allons y passer trois jours, le temps de régler des problèmes de logistique. Trouver des cartons pour emballer nos vélos, un moyen de transport pour rejoindre l’aéroport avec notre bazar. Préparer notre séjour à Samarkand, le voyage en train pour la visite de Boukhara en laissant nos vélos quelque part. Tout ça prends un peu de temps. Nous avons posé nos valises au International Backpacker hôtel. Typiquement un hôtel de routard, au prix imbattable, pour une capitale, de 23 euros la nuit. Nous l’avons choisi car ça devrait être un bon moyen de glaner des informations pour notre petit trafic.
Notre hôtel est très sympa et comme prévu nous échangeons pas mal d’informations avec d’autres voyageurs de tout pays et tout âges. Nous avons du mal à trouver des cartons, la demande semble plus forte que l’offre. Nous avons encore deux jours pour trouver. Nous aimons beaucoup Tbilissi, ville multi culturelle et multi ethnique. Comme ses voisines turques, Tbilissi a été dominée par les turcs, perses, arabes, mongols, russes. Ca se voit au niveau architectural, où se mêlent style russe et ottoman. C’est aussi un joyeux mélange de modernité et de déglingue totale. Certaines bâtisses abîmées par des tremblements de terre sont occupées tardivement, jusqu’à l’effondrement final. De nombreux immeubles autrefois cossus sont en bien mauvais état, mais la ville est très vivante. Il y a beaucoup de verdure, de nombreuses rues sont bordées de grands d’arbres, c’est très agréable. Au niveau de la population une dizaine groupes ethniques se cotoient : géorgiens, arméniens, russes, kurdes, azéris pour les principaux.

Ça y est, nous avons nos cartons. Je pense qu’avec Davide, Frantz et Jürgen nos copains cyclistes italien et allemands, nous avons écumé tous les magasins de vélo de la capitale. Davide et Frantz étaient en Iran lorsque la guerre a démarré. Ils ont même des vidéos de missiles qui explosent pas loin d’eux vers Tabriz. Ils ont fait du stop pour rejoindre rapidement l’Arménie. Par des chemins différents, tous ont prévu d’arriver à Doushambe pour faire la Route de la soie, j’ai l’impression qu’on ne sera pas seuls. Et aussi une bonne nouvelle dans ce monde de fou, la frontière est de nouveau ouverte entre Tadjikistan et Kirghizistan. Il se pourrait bien qu’on rallonge un peu vers le Kirghizistan qui est un très beau pays aussi. Mais nous aurons le temps d’en discuter avec Christian, le moment venu.





Nous avons retrouvé Joan et la pétillante Theresa, avec qui nous passons une soirée et une partie de la journée à faire la visite de la vieille ville de Tbilissi. Nous passons des moments très agréables ensemble. Nous les reverrons peut-être dans le Pamir, ou plus tard à la maison où ils seront les bienvenus.


Le séjour à Tbilissi se termine, nous avons bien apprécié ces quatre jours de socialisation intense par rapport à nos journées de méditation dans les espaces infinis. Nous prenons l’avion pour rejoindre Samarkand en Ouzbékistan. Avec toujours quelques questions stressantes : risquons-nous un surcoût pour le poids de cartons, les règles ne sont pas claires, dans quel l’état va-t-on récupérer notre matériel, et surtout allons-nous récupérer tous les morceaux ? Toutes les réponses seront dans le prochain épisode.
Mais avant, quelques chiffres pour cette première étape : 4 627 km, 45 464 m de dénivelé, 72 jours de pédalage, 30 jours de repos (on ne fait que ça !). 10 nuits sous tente, mais ça va bientôt changer. Moyennes quotidiennes : 62 km, 613 m de dénivelé, 4h04 de pédalage. 3 crevaisons. Ces chiffres risquent de bien changer au Pamir, avec les pistes et surtout l’altitude.
Super cet épisode. J’ai l’impression à vous lire que maintenant ça change, ça devient plus exotique, plus étranger. Avant, même avec la Turquie, on avait l’impression d’être (un peu) en terrain connu. Non ?
Sinon, tout le monde va au même endroit que vous on dirait !!! Vous allez vous pédaler dessus !
Oui c’est vrai, en Géorgie on passe dans la zone d’influence russe, passée ou non. Ça change vraiment. Juste un détail on voit des (très) vieux camions, jeep, voitures russes, j’adore !
Et oui je me suis fait la même réflexion, les tadjiks seront habitués à voir des cyclistes sur la routes de la soie, donc plus l’effet de surprise qu’on pu avoir dans la Turquie profonde, mais les paysages devraient rester grandioses.
Génial cet article, on sent que le grand Est se prépare et que tous les routards du monde se retrouvent un peu là, non?
Les abandons des maisons? Il n’y a pas eu des conflits en 2008 avec la Russie ? Sais pas.
Des bosses
Oui Tbilissi, est un vrai carrefour. De plus on a récupéré tous les cyclistes qui étaient ou qui projetaint d’aller en Iran.
Et oui il y a eu conflit avec la Russie en 2008, mais pas à Manglisi. C’était dans 2 régions frontalières de la Russie au nord. Donc le mystère reste entier !
Et pour les bosses, on va essayer de les éviter 😄
Salut Hervé, je lis tous tes commentaires, c’est top. Outre les très belles photos, tu nous fais vraiment vivre votre périple avec tes mots. Merci ! Bonne suite en Ouzbékistan.
A bientôt
Profitez bien du frais en altitude en Géorgie, ici il a fait 34° aujourd’hui, et encore 29 à 22h !
Pour compléter les statistiques : quel poids les vélos ? J’ai vu que Michel a 6 sacoches !
Pour Internet, vous faites comment ? en wifi dans les hôtels quand c’est possible, et/ou carte SIM locale ?
La suite (tout aussi passionnante certainement) sera en Ouzbekistan ?
Nous avons choisi des vélos de voyages rustiques et robustes en acier, 16 kg à vide. Doum a 15 kg de bagage et moi 22 kg auxquels ils faut ajouter la bouffe du jour. Mais nous avons des rapports de vitesses très démultipliés qui nous permettent de franchir tous les cols, mais tranquillement en prenant le temps. Quant à moi Hervé 😄, j’ai 4 sacoches plus une de guidon, un sac à l’arrière et une sacoche d’outils. Pour internet, c’est le wifi dans les chambres. Sinon le forfait Free à fonctionné quasiment partout jusqu’en Géorgie. Et maintenant nous utilisons des e-sim, bien pratiques, mais la couverture déjà très moyenne, va se dégrader dans le Pamir.
Merci pour toutes les statistiques, et bonne chance pour la suite !