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Une traversée de la Grèce

    Une traversée de la Grèce

    6 mai 2025

    Nous sommes de retour en Europe, cela change quelques détails pas si anodins pour nous : on paye en Euros, pas besoin de changer de carte SIM et l’eau du robinet est potable. A ce propos nous sommes incorrigibles : nous avons un peu perdu la notion des jours de la semaine, plusieurs fois nous nous sommes étonnés de ne voir aucun magasin ouvert pour nos provisions de bouffe car nous étions un dimanche. Ce matin même chose, impossible de trouver un magasin ouvert, or nous n’avons pas d’eau, (elle n’est pas potable en Macédoine d’où nous partons ce matin) et rien à manger pour midi, l’heure est grave. Pourtant nous ne sommes pas un dimanche, mystère … Dans un éclair de lucidité nous réalisons que nous sommes le premier mai, eh oui en plus des week-ends, il y a aussi les jours fériés ! Heureusement nous finissons par trouver La boutique ouverte, nous sommes sauvés. Pour la peine, comme nous quittons la Macédoine, nous laissons nos derniers denars à notre sauveur, qui tient absolument à nous donner des produits correspondant à cette monnaie. Nous partons les sacoches pleines de pains et de beureks.

    Une grosse journée pour rejoindre Edessa, 90 kilomètres et un bon dénivelé, mais nos jambes sont bien entraînées maintenant, ça se fait facilement. Il faut dire que nous avions pas mal de descentes et le vent plutôt dans le dos, ça change tout ! Comme nous perdons de l’altitude, nous gagnons des degrés, ce n’est pas encore la canicule, mais il commence à faire chaud. Pour la première fois nous ressentons le besoin d’un bon coca, la boisson des cyclistes, pour terminer la journée.

    Vers le haut du col, les collines sont pelées
    Encore un lac
    Encore un chouette pique-nique
    Il nous a bien donné la pêche pour le dernier col

    Edessa est une petite ville sympathique très animée. Elle est connue pour ses cascades impressionnantes. Son nom signifie cascade en Thrace. De là nous rejoignons Thessalonique, par une étape de plus de 100 kilomètres et pas de dénivelé. C’est drôle, mais nous avons préféré l’étape précédente avec seulement 10 kilomètres de moins et près de 700 mètres de dénivelé de plus, clairement plus fatiguante. En fait le problème est le manque de variété aussi bien dans les paysages que dans l’effort. Aujourd’hui nous avons eu l’impression de faire du vélo d’appartement, cinq heures sur la même vitesse et paysage de plaine identique. En prime, l’approche de Thessalonique n’était pas super. Un détail amusant, lors du passage de la frontière grecque, une nord macédonienne nous a mis en garde contre les conducteurs grecs : tous des chauffards qui ne respectent pas les cyclistes. Après deux jours, nous ne confirmons pas, ça serait même le contraire ! Et aujourd’hui nous discutons avec un cycliste grec, il nous met garde contre les turcs : faites gaffe, tous des voleurs ! Nous verrons bien les recommandations des turcs pour les Géorgiens 🙂

    L’église d’Edessa
    La cascade, vue sous un angle qui ne rend pas le côté grandiose
    Dans la plaine avant Thessalonique
    C’est tout ce que nous avons trouvé pour pique-niquer

    A Thessalonique nous faisons une journée de repos, un peu rapprochée de la précédente, mais pas facile de trouver un coin remarquable tous les cinq jours. Cette ville nous plaît beaucoup, elle est très animée, très vivante et assez jolie. Elle a été baptisée ainsi par Cassandre de Macédoine, son fondateur, en l’honneur de sa femme Thessaloniké, à qui il l’offrit. Ça se faisait donc à l’époque d’offrir une ville à sa copine. Au 19 ème siècle Salonique est une ville ottomane où coexistent trois communautés, juives, musulmanes et orthodoxes. Comme toujours dans ce cas, cela crée une émulation dans les domaines économiques, religieux et culturel, contribuant au développement et au rayonnement de la ville. En 1917 un incendie à ravagé une grande partie de la ville, ce qui explique le peu de bâtiments anciens au centre. Thessalonique est avant tout un port important, il n’y a pas de plage, mais une très longue promenade de bord de mer où toute la ville vient se promener. Le point de ralliement étant la tour blanche. Elle était autrefois en brique rouge, elle s’appelait alors la tour rouge. Quand ils l’ont peinte en blanc, ils ont décidé de l’appeler la tour blanche. Pas besoin de se casser la tête parfois.

    Je constate juste un problème dans cette ville. Pour traverser certaines grandes avenues, il n’y a pas de passage piéton, ou alors à des kilomètres. J’observe donc les autochtones, je vois justement une mamie qui se lance pour traverser une quatre voies. Arrivée au milieu, le flot de voiture redémarre, pas de problème, elle affronte les voitures qui la laissent finalement passer. Donc je me lance à mon tour, mais j’ai cru risquer ma vie quand des gros bus se sont jetés sur moi. Je n’ai encore pas dû bien comprendre la technique.

    Sur les quais
    La tour blanche
    Une petite sculpture sur les quais

    Premier tout petit incident technique de vélo. J’ai du pomper plusieurs fois pour finir la journée avant Thessalonique, à cause d’une crevaison lente. En observant le pneu de plus près, je le trouve un peu crevassé. Vu les pistes à venir au Pamir, je préfère le changer. Nous profitons de notre passage dans la deuxième ville de Grèce pour dégoter le bon pneu et faire le changement.

    Nous quittons Thessalonique sous un bon soleil. La sortie comme l’entrée de cette grande ville n’est pas vraiment marrante, douze kilomètres de banlieue plus ou moins industrielle de chaque côté. Nous finissons quand même par atteindre une jolie route vallonnée, mais nous affrontons pour la première fois de grosses chaleurs, nous n’y sommes pas encore habitués. Nous augmentons le nombre de pause, d’autant que nous avons un gros dénivelé aujourd’hui. Et c’est enfin notre premier bivouac ! J’avais bien repéré les endroits qui semblaient adaptés sur les vues satellites. Et ça à plutôt bien marché, la quatrième tentative était la bonne. Nous avons hésité lors de la troisième, un coin parfait, à plat avec de l’ombre et une jolie mare recouverte de lentilles d’eau. Mais tout à coup des milliers de crapauds se sont mis à coasser. Ca ne nous a pas semblé possible pour la nuit. Le chemin suivant nous sommes encore mieux tombés, carrément sur un abri ouvert, donc un toit et une dalle parfaitement plate, plus une végétation autour qui nous empêchait d’être vus.

    Une chapelle orthodoxe miniature au milieu de la campagne
    Un des innombrables exvoto le long des routes
    Notre super bivouac

    Lors de cette nuit de bivouac, nous avons compris quelque chose à propos de la faune locale : depuis l’Albanie, les chiens que nous voyons, sont tous amorphes, en train de dormir, avachis sur les bords de route. Maintenant, nous savons pourquoi. Cette variété de chien est nocturne ! A plusieurs reprises, cette nuit, ils ont tenu grande conversation à quatre ou cinq près de la tente, je les aurais bien étripés. J’ai quand même passé une assez bonne nuit par morceaux, mais Doum non, elle était un peu cuite en fin de journée. Nous avons cheminé dans une Grèce agricole, bien loin des cartes postales avec les maisons blanches aux toits bleus. Ici ce sont des petites exploitations agricole comme un peu partout en Europe. En fin d’après-midi, nous atterrissons au bord de la mer dans une petite station balnéaire sans âme. La saison n’est pas encore vraiment démarrée, on en profite pour tout remettre en état avant le rush de l’été.

    La station balnéaire
    de Paralia Ofriniou

    Rien ne va plus ! On ne peut plus se fier à la météo même à moins de 24 heures. Nous devions juste avoir un temps couvert, et nous avons eu un orage qui nous a bien rincés dans le col en fin de journée. Bon, comme il faisait assez chaud, ça nous a fait une bonne clim. C’est juste dommage pour la descente, d’abord un peu fraîche, et on n’a pas pu lâcher les freins. Nous arrivons encore dans une station balnéaire, mais cette fois le village ne semble pas artificiel, il devait exister avant le tourisme.

    En descendant
    vers Nea Kervali

    Un petit mot sur les grecs que nous avons rencontrés. Ils sont plutôt tranquilles et vraiment gentils. Dans le col, un automobiliste me voyant sous la pluie, s’est arrêté pour me demander si tout allait bien. Et cette dame dans la boulangerie où nous achetions nos beureks du pique-nique. Après avoir un peu échangé sur notre voyage, elle nous a fait cadeau de quatre ou cinq petits gâteaux, super bons. Alors que nous en n’avions eu que pour quatre euros, trop sympa !

    Nous allons poursuivre cette traversée de la Grèce en passant hors des destinations touristiques classiques. Notre prochaine pause devrait se faire à Alexandroupoli, et après déjà la Turquie !

    7 commentaires sur “Une traversée de la Grèce”

    1. Attention demain c’est un jeudi … mais le 8 mai c’est férié 😂
      J’espère que vous avez fait les courses aujourd’hui !
      J’admire le pédalage en short par tous les temps même sous l’orage 😩

    2. Alors petit conseil : une mare avec des grenouilles ou crapauds c’est pas une bonne idée parce que en prime tu as les moustiques😂.
      Sinon c’est marrant comme j’éprouve les mêmes sentiments que vous en Grèce….

    3. Ah ! Enfin une faille dans l’organisation de ce périple ! vous avez négligé les jours fériés !! 😄. Question à 2 balles : vous avez un peu de réserves de nourriture ? sinon, vous mâchouillez le pneu changé, broutez l’herbe du super bivouac (peut-on encore appeler ça un bivouac quand il y a un toit…), attrapez des crapauds pour en manger les cuisses ?
      J’aime bien les recommandations des gens sur les autres, j’espère que vous nous tiendrez au courant de tous les préjugés que vous rencontrerez avec debunkage après !
      En regardant votre avancée sur la carte, vous n’allez pas trop vite ?
      Très belles photos de fleurs des champs !

      1. Oui on a toujours de la bouffe avec nous, fromage, charcuterie, biscuit, graines pour le pique-nique et aussi 2 paquets de nouilles chinoises si on ne trouve rien pour le soir. Mais depuis quasi les balcans, le pique-nique typique pour moi c’est beurek au fromage + baklava. Pour Doum y’a toujours un peu de légume en plus, et on en trouve quasiment partout. Il suffit d’avoir l’œil, parfois ils sont bien planqués.
        Et est ce qu’on va trop vite ? Ben quand c’est plat, on trace, sinon quand c’est sympa on prend notre temps. Peut-être fera-t-on des pauses plus longues, si on sent que la fatigue s’accumule, ou s’il fait trop chaud. Pour l’instant une pause tous les 5 jours ça nous va.

    4. Moi aussi j’ai l’impression que vous allez super vite et que vous traversez les pays à toute vitesse !! Mollo les cyclo ! on n’a pas envie que les aventures s’arrêtent 🙂

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