La côte de Mer d’Iroise
1 juin 2026
25 mai, Ploudalmézeau-Plougonvelin, 61 km, 645 m D+
Il paraît que la canicule s’est installée en France. Nous confirmons pour la Bretagne, la température s’envole. Heureusement la proximité de la mer fait une bonne clim. Mais dès que nous entrons dans les terres, pour trouver un pont sur un aber par exemple, plus d’air ni ombre, c’est un peu rude. Doum souffre de la chaleur. De mon côté, je commence doucement à m’y faire. Mais dans une côte à 16% par plus de 30 degrés, on se demande ce qu’on fait là. Nous allons partir plus tôt le matin pour maximiser les températures supportables.
Pour notre trajet, nous perfectionnons notre technique de l’arête de poisson (Cf. l’article précédent). L’idée est de partir sur une arête centrale plus courte, ce qui nous donne plus latitude pour essayer toutes les arêtes qui nous chantent. La question est de savoir si on est sur de l’anguille, du brochet ou de la sole ou même de la raie manta. Désolé pour ces références poissonnières, mais nous sommes dans un pays de pécheurs, je m’adapte.


Avant notre étape ce soir à Plougonvelin, nous passons à l’abbaye Saint Mathieu de Fine-Terre situé sur la pointe du même nom, la plus à l’ouest de cette partie de la Bretagne. La première version de cette abbaye date du VIème siècle, les vestiges actuels du XIème. Apparemment le corps de St Mathieu a été exfiltré d’Égypte au IXème siècle. Mais il a été volé par des écumeurs de mer au Xème siècle qui l’auraient emporté à Salerne en Italie ! (Je ne connaissais pas cette profession « Ecumeur des mers », mais on en comprend bien le sens, pas comme le nom des professions actuelles).





Je profite de ce blog à l’audience large pour faire un appel à toutes les mairies de France. Arrêtez de procrastiner pour vos travaux de voiries ! N’attendez pas la veille de la saison estivale pour lancer vos travaux. Sans mentir nous avons des routes barrées tous les jours en quantité. Nous n’en respectons aucune mais quel stress ! Pensez au burnout du cyclo-voyageur qui doit sans cesse évaluer le risque entre faire directement un grand détour ou tenter sa chance, au risque de doubler les kilomètres supplémentaires. Sur ce coup aussi, Doum doit être résignée, car elle enchaîne maintenant les passages de barrière sans sourciller.
26 mai, Plougonvelin – Plougastel-Daoulas, 43 km, 521 m D+
Nous partons un peu plus tôt pour éviter la chaleur, mais nous avons été timides (ou paresseux), une demi-heure ce n’est pas assez, il faut être plus ambitieux, même si le trajet d’aujourd’hui est plus court. Dès le début de l’après-midi nous sommes plombés par la fournaise. Nous faisons une pause à Brest. Cette ville reconstruite après les bombardements de la deuxième guerre n’est pas très belle. Mais sur les conseils avisés d’Éloïse, une amie brestoise d’Elsa, nous visitons la rue Saint Malo, seule rue datant du Brest d’avant guerre, les Capucins, ancien ateliers de réparation de la marine, et la PAM, ancienne imprimerie devenue un tiers lieu sympa.




Nous faisons étape à Plougastel-Daoulas, chez mon cousin Marc qui nous accueille très chaleureusement. Nous en profitons pour faire une journée de repos. Nous en avons bien besoin, la canicule nous assomme.
27 mai, Plougastel-Daoulas
Marc a vraiment rejoué la variante bretonne de Bienvenue chez les Ch’tis. Un niçois muté tardivement à Plouland, conquis par le pays et ses habitants, décide de s’y installer définitivement. Entendre quelques mots de breton avec l’accent nicois est savoureux. Il nous organise une visite de la vallée des Saints. Un lieu étonnant où des mécènes financent des artistes depuis quinze ans, pour sculpter des saints bretons géants. Il y en a actuellement 200 répartis sur une prairie. C’est très beau et original.


Au retour, une petite visite du château de Trévarez, construit au tout début du XXème siècle pour James de Kerjegu, le président du conseil général du Finistère. La décoration est de type art nouveau. Le château est assez vite tombé en ruine et a subit des dommages pendant la guerre. Il est maintenant géré par le conseil général. Je me demande si on a encore construit d’autres châteaux de ce style après celui-ci.


Merci Marc, pour ces chouettes moments, pour nous avoir fait découvrir ces coins de Bretagne, et en prime fait goûter les meilleures fraises du monde, les Manon de Plougastel-Daoulas. Incroyablement bonnes et sucrées. Normal c’est Amédée-François Frézier qui les a ramenées du Chili et introduites dans la région, faisant la renommée de Plougastel
28 mai, Plougastel-Daoulas – Argol, 46 km, 700 m D+
Ce matin, réveil à 7h30, parés pour affronter les grosses chaleurs. Au moment du départ Doum se tâte pour mettre le coupe vent, la température à chuté à moins de 20° ! On ne s’en plaint pas, et nous en profitons pour avancer tant qu’il fait bon. Pour les jours à venir nous avons deux options, car nous devons passer voir des amis, Séverine et Sylvain à Pont-Croix. Ça peut se faire en deux grosses journées ou en trois plus cool. On a vite choisi la deuxième option, un peu échaudés par la canicule. Autre avantage, cela nous autorise des arêtes imprévues de toutes tailles (Promis c’est ma dernière allusion poissonneuse pour qualifier mes trajets). Notre tactique marche bien, nous avalons facilement les cinq cent premiers mètres de dénivelé, seule la fin se fait sous un bon soleil. Le seul problème est que nous arrivons trop tôt à l’étape. Par chance aujourd’hui nous pouvons prendre possession de notre chambre à 14h. Parfois il faut attendre 17h, nous verrons bien pour les autres jours.
29 mai, Argol – Telgruc-sur-mer, 63 km, 742 D+
Enfin un temps breton, nous devons mettre notre coupe-vent au départ du gîte d’Argol. Nous aurons même de la pluie dans l’après-midi ! Aujourd’hui nous parcourons la presqu’île de Crozon dans les deux sens. Nous gagnons rapidement des pistes cyclables sympas dans la forêt avant d’atteindre la pointe.

Puis une petite visite de Camaret, sa tour Vauban, son cimetière de bateaux de pêche et son église. Vauban n’a pas fait que des tours, en juin 1864, il commande les troupes françaises qui repoussent les assaillants Anglo-Hollandais. Cette victoire vaut à Camaret d’être exemptée de fouages (impôts) jusqu’à la révolution. Cette ville a un air de bout du monde. Nous enchaînons avec les pointes de Toulinguet et de Pen hir, superbes. Au milieu, la plage de Pen-Hat.







Le soir nous arrivons à un gîte de randonneurs du GR 34, à Telgruc-sur-mer, avec une vue imprenable sur la mer.
30 mai, Telgruc-sur-mer – Pont-Croix, 58 km, 832 m D+
Une météo parfaite pour rejoindre Pont-croix. Peu de kilomètres mais beaucoup de dénivelé, nous ne faisons que monter et descendre jusqu’à Douarnenez. Après ça se calme un peu. Nous en profitons pour faire quelques écarts avec le trajet initial, nous allons au bout de la pointe du Millier et descendons à la plage de Pors Peron, très beaux paysages sauvages.
Puis, nous retrouvons Séverine et Sylvain qui nous reçoivent très gentiment dans leur très belle maison au centre de Pont-Croix. Ensuite tout s’enchaîne très vite, nous sommes propulsés au cœur de la vie bretonne, pour notre plus grand plaisir. Me voilà entraîné dans des danses bretonnes à base de mazurkas, valse, chapella et changement de partenaire impromptu ! Après une initiation à laquelle j’ai participé, les vraies danses ont commencé, et là il faut connaître les pas pour ne pas casser l’ensemble. C’est assez sympa de voir toutes les générations se mélanger avec le même goût pour ces danses collectives.


31 mai, Pont-Croix – Plozévet, 61 km, 800m D+
Avant de partir, Séverine et Sylvain nous font visiter Pont-Croix, et leur jardin potager partagé. Cette belle petite ville semble très dynamique, avec une activité culturelle et sociale développée pour une commune de 1800 habitants, il y fait bon vivre.


Puis nous continuons notre enchaînement de montagnes russes avec la visite des pointes de Penharn, des Van et la pointe du Raz. Pas mal touristes pour ces pointes de bout du monde.



Nous en avons fini avec la côte de mer d’Iroise, nous sommes maintenant dans la Cornouaille. Nous avons atteint notre rythme de croisière et c’est déjà bientôt la fin ! Pour les étapes à venir, une nouvelle difficulté, les bacs. Ils ont chacun leurs horaires et leur dates. Je vous laisse deviner la nature du suspense pour le prochain épisode.
Super ! Pour la stratégie de l’arête de poisson, vous avez été flemmards dans la presqu’île de Crozon, vous n’avez fait que l’arête centrale et pas celles des nageoires dorsale et ventrale ! la chaleur peut-être ?
Le passage sur les écumeurs de mer m’a fait penser à ce vieux reportage de Thalassa sur un autre type d’écumeur 🙂 (https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cac94049989/pipe-en-ecume).
Continuez bien !
Oui, c’est vrai, sur ce coup j’ai mal anticipé, le gîte était trop loin pour se taper une arête de type raie manta. Et dans le coin chaque kilomètre supplémentaire se paye cher en dénivelé. C’est dommage car apparemment le cap de la Chèvre au sud est réputée très beau. Ce sera pour une autre fois.
Bravo Hervé , ce reportage de mer d’Iroise elu le plus beau et le plus sympa de votre périple : trop bien les decouvertes des plages, sentiers en forêt, fêtes, amis et famille retrouvée, art et culture : un savant cocktail d’un peu de tout, avec chaleur et fraicheur retrouvée, interview et vidéos, il y a tout !!! Cela donne vraiment envie et du plaisir à lire, découvrir !! Encore bravo
Vous devenez des reporters professionnels 👍🙌
C’est la bonne saison pour passer son Bac. Serez vous admis et reçus à toutes les sessions !? Révisez bien le tableaux des marées pour le passage en toute tranquillité. Que votre périple de s’arrête pas en queue de poisson 🎏 bon vent matelots.
Avec toutes ces arêtes on craignait une indigestion, voire pire; que l’une de ces nombreuses épines vous reste en travers de la gorge, compromettant votre épopée Armoricaine. Mais non, rien de tout ça ! Vous avancez allègrement, illustrant votre périple en grand renfort de photos et de commentaires qui nous en apprennent un peu plus sur cette belle région.
Bonne fin d’aventure.
Hello! Vos messages sont toujours aussi chouettes! Art, culture, humour, découverte rencontres.. et votre ciel est toujours bleu!! Bises
Les photos sont magnifiques, le texte de pertinence éclairé façon séductrice. Certes ce coin du monde se prête magistralement au plaisir de promener son agrément, et on y retrouve des amis d’un temps !!
On va y retourner pour mieux s’imprégner de quelques passages privilégies, tel les saints ou de vieux villages pas tout à fait périmés. Des bises. Les parents.
Il y a beaucoup de personnes dans l’eau sur certaines photos… Avez-vous pris un petit bain rafraichissant pour calmer les ardeurs du soleil ?
Question (moqueuse) : 7h30, c’est vraiment un reveil « matinal » 🙂 ?
Super ! J’adoooore !!!
Les photos, les textes bien choisis, tout me fait envie d’y aller …aussi !!! 🙂
Hâte de lire la suite;)
Bises
RV,
quelle efficacité dans le changement de cavalières. On dirait que t’as fait cela toute ta vie…
😄
Alors tel un roman photo je finis la lecture de tous les tomes édités et quelle belle aventure vous nous faites encore partager. Un régal ! En parlant de régal peu de commentaires sur les spécialités locales à savourer ou bibiner … la gastronomie ne serait elle pas au rendez vous pour votre périple ? J’en doute Hervé 🙃
As tu validé ce que tu cherchais à confirmer : ton corps tient la piste ?
Bonne fin de parcours et un grand MERCI pour ce voyage à travers vos yeux vos paroles vos écrits vos guiboles. Bises.
Ps : te ferais tu aider de l IA .. oh mille sabords !!!
Oui c’est vrai, on se régale. Mais quand on est au restau on se jette sur nos crêpes, on oublie de faire des photos. On va y remédier.
Sinon côté test santé, pour l’instant ça baigne !