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Le couloir du Wakhan

    Le couloir du Wakhan

    10 juillet 2026

    5-7 juillet, Ishkashim – Pitup, 72 km, 1030 m D+
    Nous faisons une grasse mat ce matin en nous levant à 6h30, car la journée devrait être un peu plus courte. Selon google map, il y aurait une homestay à une quarantaine de kilomètres, autant en profiter. En chemin nous passons par la forteresse de Qa ha, déjà vue l’année dernière.

    Ce qui reste de la forteresse de Qa ha

    Notre homestay promise est finalement fermée, nous nous mettons donc en quête d’un bivouac. Nous en trouvons un pas mal, bien isolé. Mais une espèce locale est devenue maître des lieux. Elle le fait savoir en grimpant sur nos jambes en formation serrée. Sur des centaines de mètres, c’est la même chose, les fourmis nous attaquent. Finalement nous nous rendons et allons voir ailleurs. Au passage en sortant des buissons, une épine trouve mon pneu intéressant et s’y attache fortement. Nous voila en plein soleil à réparer le pneu et toujours sans bivouac. Au village suivant, Shitarv, une dame nous propose gentiment son jardin bien à l’ombre pour planter la tente. Quelques minutes plus tard, un autrichien et un italien déjà croisés, nous regardent avec envie. La dame accepte tout de suite deux cyclistes de plus. Nous passons une bonne soirée avec eux. Leur but, faire le Pic Lénine, un bon 7000, et quoi de plus cool que d’y aller à vélo !

    Petit passage sablonneux
    Bivouac à Shitarv
    avec Ruggiero et Christopher

    Ce matin, c’est un départ tardif, car nous n’avons qu’une vingtaine de kilomètres pour rejoindre un site touristique très connu, les sources d’eau chaude de Bibi Fatima. La route est cependant assez difficile, caillouteuse, sableuse et tole onduleuse. En chemin nous rencontrons un américain à pied avec son gros sac à dos, depuis deux mois il sillonne l’Afghanistan, le Pakistan et maintenant le Tadjikistan, mais plutôt en hors piste dans les montagnes et donc en autonomie … Nous mettons deux heures pour rejoindre une homestay à Pitup. De là nous prenons un taxi (cher) pour monter au bains chauds, 500 mètres plus haut. Ce n’est pas mixte, il y a deux petites grottes avec chacune son vestiaire. On s’y baigne nu, l’eau est vraiment très chaude, elle a paraît-il des vertus médicinales. C’est sympa, nous y croisons des touristes, mais aussi des tadjiks, notamment ceux qui tiennent notre homestay. Ils ont profité de notre taxi, mais se mettent tous dans le coffre aménagé laissant Mylène seule sur la banquette arrière.

    Nous enchainons sur la forteresse de Yamchan, présente avant l’arrivée de l’islam. On y a trouvé des traces de culte bouddhiste et zoroastrien. De là-haut, nous avons une vue superbe sur la vallée

    Les sources chaudes de Bibi Fatima
    La forteresse de Yamchan

    .Et voici plein de paysages dont on ne se lasse pas

    7-9 juillet, Pitup – Alichur, 89 km, 1570 m D+
    Malgré une route plutôt mauvaise, la journée n’est pas trop dure, car nous n’avons pas trop de dénivelé. A Vrang, nous sommes repassés devant le dispensaire / boucherie où j’ai pu recevoir une sonde salvatrice l’année dernière. Impression bizarre. A midi nous trouvons un bon spot de pique-nique à l’ombre et bien rafraîchi par le petit ruisseau qui coule à côté. En reprenant la route le contraste est saisissant, ça cogne ! Mais il ne reste que 9 kilomètres de mauvaise route jusqu’à notre homestay à Langar. C’est notre dernier gite avant un petit moment. A partir de demain, nous attaquons le dénivelé et l’altitude. Plus de magasin ni de gite pendant cinq jours environ. Les sacoches sont pleines de pates chinoises. Espérons que la forme sera là.
    Par contre, un gros suspense se met en place aujourd’hui. Mylène ressent déjà les effets de l’altitude, elle a manqué d’air la nuit dernière et très peu dormi. Ca l’inquiète grandement sachant que nous allons passer les cinq prochains jours autour de 4000 mètres. S’ajoute aussi une inquiétude sur sa capacité à gérer les prochains jours qui seront exigeants physiquement. La nuit portera conseil sur sa décision de continuer ou de faire demi-tour en stop avec son vélo jusqu’à Dushanbé via Khorug. Curieux, ça me rappelle quelque chose … J’ai tenté de la rassurer, car je pense sincèrement qu’elle a le niveau et que son problème d’altitude va se régler rapidement, quitte à faire un jour de repos. Mais dans sa tête ça s’emballe. Bien sûr la décision lui appartient, elle seule sait ce qui est le mieux. En tout cas c’est bien dommage si elle arrête, car je pense qu’elle a la condition physique et qu’on commençait à bien se marrer.

    Le dispensaire de Vrang
    Exemple de route caillouteuse
    Un essai de thon/maquereau à la crème. C’est aussi bon que ça en a l’air !
    Notre homestay de Langar

    Ce matin est un autre jour, l’hippopotame que Mylène avait sur le diaphragme s’est envolé, donc la décision est facile, elle continue. Reste quand même une petite angoisse liée à la difficulté à venir, mais on part ! Comme prévu, ça commence tout de suite par une très mauvaise piste, très raide, mais le dénivelé s’enchaîne petit à petit pour atteindre presque 1000 mètres, le tout entre 3000 et 3600. En chemin nous rencontrons un jeune hollandais de 20 ans, qui marche seul avec son sac à dos, il a l’air bien ! Pour nous la journée est vraiment dure, nous finissons proche de nos limites. Mylène tient bien le choc, et moi, il me semble que c’est un peu plus dur que l’année dernière. Un an de plus, ça doit compter. En fin de journée, nous tombons sur nos amis italien et autrichien, Ruggiero et Christopher. Je leur indique un bivouac que je connais bien, pour y avoir passé une nuit blanche, dehors l’année dernière. Nous plantons la tente un peu plus bas que la dernière fois sur une petite prairie herbeuse près de la rivière à 30 m de l’Afghanistan. Nous revoyons notre jeune hollandais solitaire, mais il préfère encore continuer de marcher jusqu’à la nuit ! Nous passons un moment très sympa avec nos amis cyclistes, le ciel étoilé est incroyable, aucune pollution lumineuse.

    La route pas facile
    avec de la tôle ondulée
    J’ai l’air un peu cuit
    Notre bivouac
    Christian, ça ne te rappelle rien ?

    La journée d’hier à été très éprouvante pour tous les deux, la nuit n’à pas suffit pour récupérer. Nous repartons alors qu’il fait déjà chaud, sans trop d’énergie. Il y a un bivouac possible à 15 kilomètres. Nous décidons de faire du stop pour rejoindre la prochaine homestay à Alichur, de l’autre côté du Kargush pass réputé très dur, qui culmine à 4300 mètres. Si nous nous ne sommes pas pris nous n’irons pas plus loin que le bivouac. Par chance nous voyons passer plusieurs voitures, mais aucune ne peut ou ne veut prendre deux personnes plus deux vélos. Donc nous continuons à pedaler doucement en direction du bivouac. La question est, y aura-t-il de l’ombre pour passer la journée à nous reposer.

    Puis nous tombons sur la bonne voiture, un couple de jeunes hollandais accepte tout de suite de nous prendre. Les vélos sont arrimés sur le toit et nous voilà partis. Julius et Carljin ont largué leurs jobs et appartement d’Amsterdam pour rejoindre l’Australie, puis la Nouvelle Zélande. Ils voyagent normalement à pied, mais après des semaines d’ennuis de santés et des longues périodes à l’hôpital de Khorug, ils ont décidé de louer une voiture pour rejoindre la frontière chinoise, où ils reprendront leur périple en stop. Tant pis pour le Kargush pass, mais c’était la bonne décision, nous n’étions pas en état de continuer et nous n’avons aucune obligation à tout faire à vélo, le but est de se faire plaisir et de profiter. Et c’est ce que nous faisons, le paysage est superbe, nous nous arrêtons au bords de plusieurs lacs, dont certains sont salés. Après le col nous changeons de paysage et d’ethnie. Nous sommes maintenant chez les Kirghizes. Et sur des hauts plateaux immenses, avec toujours les montagnes au loin, c’est superbe.

    La voiture de nos sauveurs
    Le lac Kargush
    C’est froid mais ça fait du bien
    Un abri militaire soviétique

    Un paquet de paysages entre Kargush et Alichur

    Nous sommes maintenant à Alichur, où nous allons passer une journée de repos. Mais cette ville est situé à 3900 mètres d’altitude, l’hiver il y fait jusqu’à moins soixante. A cette altitude, la nuit nous ne dormons pas trop. Nous devrions quand même nous reposer un peu. Nous tombons encore sur notre hollandais marchant. Comme nous, il a souffert de sa journée après Langar et a fait du stop pour atterrir dans notre homestay. Il continue maintenant en stop. Nos autres amis hollandais sont repartis pour la frontière chinoise. Qui sait si nous ne nous recroiserons pas un jour car ils prennent la même direction que notre tour d’Asie avec Doum.

    Dans quelques jours, nous attends une nouvelle épreuve, le col Ak Baïtal à 4655 mètres. Aurons assez récupéré pour le passer ? Pour le savoir il faudra attendre le prochain épisode de la série et que le réseau veuille bien faire une réapparition comme aujourd’hui.

    9 commentaires sur “Le couloir du Wakhan”

    1. Quel suspense ! Haletant, même quand on est au niveau de la mer. Alors en altitude, je n’imagine même pas.
      Se poser un peu pour s’acclimater à l’altitude me semble une très sage décision avant de faire des efforts. Chi va piano va sano.
      Dingue que faire du stop avec vélos et bagages fonctionne si facilement (semble-t-il) ! tant mieux.

      1. Hello,
        Vous verrez la piste du col est en bon état et la pente est douce ( la terre est plate comme vous le savez) sauf peut-être pour le dernier kilomètre.
        Je vous fais la bise à tout les deux.

    2. Superbe récit ! Prochain stop à Murgab alors ! Mais de mémoire la route était quand même meilleure 😉 Bon courage !! Le corps s’habitue lentement à l’altitude mais à la fin ça va mieux !!

    3. Je vois que tu as gardé tes bonnes habitudes de terminer un épisode sur un suspense insoutenable !
      « Un an de plus, ça doit compter » : Mais non, Hervé, tu étais simplement mieux entrainé l’an dernier apres plusieurs mois de vélo 🙂

    4. Bravo pour vos exploits et votre ténacité ! Prenez le temps qu’il faut et ça passera si vous gardez un bon mental 😉👍
      Photos superbes, merci du partage 😍
      Cheminez, cheminez …..🚴……….🚴‍♂️………

    5. Que d’émotions de te lire Hervé et de suivre vos exploits à tous les deux !
      Je suis impressionnée par tout ce que vous faites, les paysages sont à couper le souffle mais les routes, dur dur !!!
      Des bises

    6. Que d’émotions de te lire Hervé et de suivre vos exploits à tous les deux !
      Je suis impressionnée par tout ce que vous faites, les paysages sont à couper le souffle mais les routes, dur dur !!!
      Des bises

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